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Les requins évoluant en haute mer semblent avoir vécu une extinction massive il y a environ 19 millions d’années. Cet événement aurait anéanti près de 90 % de la population océanique de l’époque et entraîné l’extinction de 70 % de toutes les espèces de squales.

1 263 micro-fossiles d’écailles analysés

De nombreux requins sont actuellement menacés d’extinction en raison des activités humaines, notamment la surpêche, la pollution plastique et le commerce illégal de leur ailerons. Un constat d’autant plus frappant quand on sait que ces créatures existent depuis au moins 420 millions d’années et ont survécu aux grandes extinctions massives s’étant produites au cours de cette période.

Dans le cadre de travaux présentés dans la revue Science, Elizabeth Sibert de l’université de Yale et Leah Rubin du State University of New York College of Environmental Science and Forestry ont mis en évidence ce qu’elles considèrent comme la première preuve d’une extinction massive des requins « pélagiques », vivant en pleine mer.

Les chercheuses ont isolé des micro-fossiles d’écailles de requins, appelées denticules, à partir d’échantillons de boue prélevés au fond de l’océan Pacifique Nord et Sud. Ces derniers provenaient des 15 mètres supérieurs du plancher océanique, composé de sédiments remontant jusqu’à 40 millions d’années. Un total de 1 263 denticules fossilisés ont été comptés et caractérisés, révélant une chute soudaine de l’abondance des écailles de squales il y a environ 19 millions d’années.

« Ces analyses suggèrent un événement d’extinction majeur au début du Miocène, ayant décimé environ 90 % des requins de haute mer », explique Sibert. « Soit un taux environ deux fois supérieur à celui que les squales avaient connu il y a 66 millions d’années lors de l’extinction du Crétacé-Paléogène, responsable de la disparition des dinosaures. »

Une extinction géologiquement brutale

Selon les auteures de l’étude, l’extinction du Miocène s’est produite de manière relativement brutale d’un point de vue géologique (100 000 ans), tandis que l’abondance et la diversité des écailles découvertes dans les échantillons de sédiments, restées au même niveau au cours des 19 millions d’années suivantes, suggèrent que l’espèce ne s’est jamais remise de cet évènement, dont les causes demeurent pour l’heure obscures.

« Il n’y a pas eu d’événements climatiques significatifs au cours du Miocène précoce », souligne Rubin. « Les requins étant des prédateurs supérieurs, cette extinction massive a dû avoir des répercussions en cascade sur la chaîne alimentaire et affecter d’autres espèces océaniques. »

« Cette extinction a vraisemblablement été très sélective », commente Matt Friedman de l’université du Michigan. « De tels évènements sont intervenus tout au long de l’histoire géologique et, bien qu’il soit trop tôt pour spéculer, l’extinction de masse pourrait n’avoir affecté que la biologie des requins, et non des groupes pélagiques en général. »

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« Un changement dans le potentiel de conservation des restes de requins plutôt qu’un événement d’extinction »

Un avis toutefois loin d’être partagé par Charles Underwood, de l’université de Londres. « Les denticules de requin, contrairement à leurs dents, ont rarement été étudiés en détail », estime le scientifique. « Le changement dans l’abondance et la diversité des denticules de requin pourrait être lié à un changement dans le type de denticule. Cela signifie que les preuves fossiles pourraient refléter un changement dans le potentiel de conservation des restes de requins plutôt qu’un événement d’extinction. »

Bien que l’on dénombre aujourd’hui plus de 400 espèces de squales, de récentes recherches ont montré que les populations de requins et de raies océaniques avaient diminué de plus de 71 % en l’espace d’un demi-siècle.

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