— Daniel Lamborn / Shutterstock.com

Une équipe de chercheurs s’est récemment penchée sur la transition des blennies de l’océan à la terre ferme et a découvert qu’un régime alimentaire flexible et un comportement polyvalent leur avaient permis de changer de milieu, mais que ces créatures avaient ensuite été contraintes de se spécialiser pour survivre.

Une capacité d’adaptation hors du commun

Dans le cadre de ces travaux publiés dans la revue British Ecological Society, des chercheurs des universités de Nouvelle-Galles du Sud et du Minnesota ont étudié des données portant sur des centaines d’espèces de blennies, famille de poissons très diversifiée dont certains représentants sont aquatiques et d’autres vivent quasi-exclusivement hors de l’eau. Bien que leur régime alimentaire et leur comportement particulièrement souples aient joué un rôle déterminant dans leur transition vers la terre, il s’avère qu’une fois sortis de l’eau, les restrictions concernant le type de nourriture disponible ont déclenché des changements évolutifs majeurs.

Changements particulièrement visibles au niveau des dents des blennies terrestres, qui ont été contraintes de se spécialiser afin de racler les rochers pour en décoller les algues et autres matières organiques.

« Nos travaux montrent que le fait d’avoir une alimentation variée ou un comportement souple peut vous aider à coloniser un nouvel habitat. Mais une fois sur place, cette flexibilité est érodée par l’adaptation. Cela signifie probablement que ces espèces hautement spécialisées sont moins susceptibles de pouvoir effectuer d’autres transitions ou de faire face à des changements environnementaux abrupts dans leur habitat existant », explique Terry Ord, auteur principal de l’étude.

« Le scénario de la colonisation de la terre par ces poissons présente des parallèles évidents avec l’origine de l’ensemble des vertébrés terrestres »

« Le scénario de la colonisation de la terre par ces poissons présente des parallèles évidents avec l’origine de l’ensemble des vertébrés terrestres », poursuit le chercheur. « Les fossiles peuvent nous donner des indications importantes sur la façon dont cette transition a pu se dérouler, et sur les types d’adaptations évolutives qu’elle a nécessitées ou produites. Mais avoir un exemple contemporain de poissons effectuant de telles transitions peut également nous aider à comprendre les défis généraux auxquels sont confrontés les poissons hors de l’eau. »

Les blennies ont la particularité d’occuper des environnements très différents. Certaines sont aquatiques, tandis que d’autres, semi-aquatiques, évoluent dans la zone intertidale, environnement extrême où les niveaux d’eau sont fluctuants, avec des bassins dont la température et le niveau d’oxygène peuvent changer rapidement. Enfin, il existe également des espèces « terrestres », qui passent la quasi-totalité de leur vie hors de l’eau, dans des environnements exposés aux embruns : ces créatures doivent en effet maintenir un certain taux d’humidité pour pouvoir respirer (via leur peau et leurs branchies).

Malgré ces nombreuses contraintes, les blennies ont réussi à effectuer ce type de transitions spectaculaires à plusieurs reprises. En raison de leur diversité, ces différentes espèces représentent des étapes clairement définies du processus de colonisation entre deux environnements complètements uniques, ce qui fait d’elles un groupe d’animaux absolument unique à étudier.

Une étude corrélationnelle

En combinant un ensemble de modèles statistiques évolutifs avec leurs données (régime alimentaire, morphologie des dents, comportement et fréquence de sortie plus ou moins prolongée sur terre…), les scientifiques ont pu identifier la séquence d’événements qui a probablement permis aux blennies de quitter l’eau et de coloniser la terre. Mais des recherches supplémentaires seront toutefois nécessaires afin d’établir la causalité de telles transitions.

Bien que l’analyse des données suggère que la flexibilité du régime alimentaire et du comportement joue un rôle important dans ce type de transition, cette étude reste corrélationnelle, il est donc possible qu’un facteur autre que leur forte polyvalence en soit responsable. L’équipe travaille actuellement à l’élaboration d’une étude expérimentale pour tenter de définir cette causalité, et compte également explorer plus en détail l’impact de la colonisation de la terre sur d’autres aspects du comportement et de la morphologie de la blennie.

« Les blennies terrestres sont vraiment agiles hors de l’eau, et il est fort probable que leur morphologie ait évolué afin de leur permettre de sauter sur les rochers aussi aisément. Il serait également intéressant de savoir comment leurs systèmes sensoriels se sont adaptés, étant donné que la vision et l’odorat fonctionnent probablement différemment dans ces environnements », conclut Ord.

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