Une vingtaine de comptes supprimés, dédiés à séduire les plus jeunes

Selon le Wall Street Journal, l’application de partage de vidéos TikTok a supprimé au moins une vingtaine de comptes diffusant de la propagande, en particulier pour le groupe terroriste État islamique (EI). Tiktok est une application de création et partage de courtes vidéos musicales, qui aujourd’hui compte plus de 625 millions d’utilisateurs actifs à travers le monde, et fonde son succès parmi les publics les plus jeunes (adolescents et pré-adolescents). Au premier trimestre 2019, TikTok était la troisième application la plus téléchargée au monde, derrière Messenger et Whatsapp. 

Les vidéos, depuis retirées du réseau social, montraient des combattants de l’EI en action, des cadavres, ou mettaient en scène des figures se voulant positives, à l’image de plusieurs femmes qui se disent « djihadistes et fières », ou de jeunes hommes sur des chevaux ; des séquences allant jusqu’à 15 secondes, parfois récompensées par les cœurs et autres étoiles que les spectateurs peuvent attribuer, qui ciblent précisément les publics les plus impressionnables. 

LA MODÉRATION EN CAUSE ?

Les comptes concernés n’étaient pas populaires : une vidéo mentionnée par le WSJ ne comptait que 68 vues, et les comptes les plus populaires totalisaient un millier d’abonnés. Cependant, leur présence sur un réseau ultra-populaire pose question sur la modération des contenus extrémistes à destination des plus jeunes. TikTok, confronté à ces problématiques au même titre que les autres réseaux sociaux, emploie de larges équipes spécialisées dans la traque de ces contenus, mais ceux-ci peuvent être difficiles à trouver. 

Ces contenus ont été identifiés par Storyful, une agence analysant les contenus des réseaux sociaux. « Les messages de l’EI enfreignent les règles de TikTok, mais le volume considérable de contenus fait qu’il est difficile pour TikTok de surveiller sa plate-forme et d’éradiquer ces vidéos », a déclaré Darren Davidson, à la tête de Storyful. En attendant, l’entreprise, dans un courriel transmis à l’AFP, indique clairement sa politique sur ce genre de contenus et indique que les efforts seront redoublés :

« Les contenus promouvant les organisations terroristes n’ont absolument pas leur place sur TikTok. Nous imposons une interdiction permanente à tout compte de ce type et à tout terminal auquel il est lié, dès lors que ceux-ci sont identifiés, et nous mettons continuellement en place des contrôles de plus en plus stricts afin de détecter de manière proactive les activités suspectes. »

— XanderSt / Shutterstock.com

La problématique exposition des plus jeunes

Que cherche une organisation aussi dogmatique sur un réseau social, symbole de l’entertainment adolescent ? Pas forcément le recrutement de nouvelles recrues, mais plutôt susciter une forme de sympathie et d’enthousiasme chez des jeunes qui n’auraient pas encore développé d’esprit critique : Elisabeth Kendall, chercheuse de l’université d’Oxford dans les organisations extrémistes, explique que « cette méthode accrocheuse de propagande de l’idéologie de l’EI signifie qu’elle se propage rapidement et reste gravée dans la mémoire collective. Elle a tendance à être beaucoup plus efficace que les sermons ou les débats et traités théologiques. » En quelque sorte, normaliser des idéologies de dévastation à travers des réseaux utilisés quotidiennement. 

Le réseau social TikTok inquiète régulièrement sur l’exposition des jeunes à toutes sortes d’idéologies et de dérives sexuelles, ou à l’utilisation de leurs données personnelles. En février dernier, l’entreprise était condamnée à payer plus de 5,7 millions de dollars aux Etats-Unis pour avoir exploité les données d’enfants de moins de 13 ans. Par ailleurs, son influence sur les plus jeunes, pouvant mener à des tendances d’hypersexualisation du corps des pré-adolescents, est questionnée.

En juillet, la Grande-Bretagne a ouvert une enquête sur la manière dont l’application collecte et se sert des données des utilisateurs enfants, en se penchant en particulier sur le système de messagerie permettant à des adultes de les contacter. En attendant, TikTok a annoncé mi-octobre qu’un groupe externe, composé notamment d’anciens membres du Congrès américain, serait constitué, afin d’améliorer les politiques de modération du contenu, « notamment en matière de sécurité des enfants, de désinformation et de discours de haine », rapporte le Figaro

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