— © Andrzej Boczarowski / Gierlinski, G. D. et al.

De récentes analyses d’empreintes de pas fossilisées découvertes sur une plage de Crète suggèrent qu’il s’agirait des plus anciennes preuves directes de bipédie au sein de la lignée humaine.

Des empreintes encore plus anciennes que prévu

En 2017, des empreintes de pas découvertes près de Trachilos, en Crète, avaient été présentées comme une preuve directe de bipédie chez les hominines il y a 5,7 millions d’années, suggérant que l’une des étapes les plus importantes de l’évolution humaine avait en fait eu lieu hors d’Afrique. Au fil des années, plusieurs chercheurs s’étaient demandé si la datation était erronée, ou si les empreintes avaient pu être laissées par des individus marchant sur leurs articulations, comme les gorilles modernes.

Dans le cadre de récents travaux publiés dans la revue Scientific Reports, des chercheurs de l’université de Tübingen ont étudié la polarité magnétique de la couche dans laquelle les empreintes avaient été découvertes ainsi que l’abondance des espèces d’organismes marins les accompagnant. Si les analyses ont montré que les sédiments s’étaient déposés il y a environ 6,05 millions d’années, la netteté des pas implique que ces derniers aient été laissés lorsque le matériau était encore frais et meuble.

« Les traces sont presque 2,5 millions d’années plus anciennes que celles attribuées à Australopithecus afarensis (Lucy) de Laetoli en Tanzanie », a estimé Uwe Kirscher, auteur principal de l’étude.

Les empreintes avaient été initialement repérées par Gerard Gierlinski en 2002 — © Andrzej Boczarowski / Gierlinski, G. D. et al.

Cela ne signifie pas nécessairement que les hominines européens se tenaient debout avant leurs homologues africains (la forme des fémurs d’Orrorin tugenensis, qui vivait au Kenya à peu près à la même époque, laisse penser que l’espèce possédait également un mode de déplacement bipède). L’expansion temporaire du Sahara à l’époque ayant probablement empêché les échanges entre l’Europe et la majeure partie de l’Afrique, la marche a probablement évolué indépendamment dans ces deux endroits.

Une chronologie bouleversée

Si les nouvelles analyses des empreintes crétoises se révèlent exactes, elles bouleverseraient la chronologie admise de l’apparition de la bipédie et de son évolution au sein de la lignée humaine.

« Le plus ancien pied humain utilisé pour la marche debout avait une boule, avec un gros orteil fort et parallèle, et des orteils latéraux de plus en plus courts », détaille Per Ahlberg, professeur à l’université d’Uppsala et co-auteur de l’étude. « La plante était plus courte que celle des australopithèques, avec une arche moins prononcée et un talon plus étroit. »

Aujourd’hui, atteindre la Crète nécessiterait une technologie bien supérieure à celle des premiers hominines, mais il y a six millions d’années, un pont terrestre la reliait au continent européen. Il y a quatre ans, Madelaine Böhme, chercheuse à l’université de Tübingen et co-auteure de l’étude, avait identifié des ossements d’hominine présumé vieux de 7,2 millions d’années près d’Athènes, indiquant une présence précoce de ces derniers dans la région.

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