L’agriculture et les combustibles fossiles ont entrainé une augmentation record des émissions mondiales de méthane. Selon les chercheurs, ce puissant gaz à effet de serre pourrait entraîner une hausse globale des températures de 3 à 4 degrés Celsius à l’horizon 2100 si rien n’est fait pour limiter ce type de pollution.

Plus de 50 % du méthane présent dans l’atmosphère provient des activités humaines

Bien que le méthane soit libéré en quantités beaucoup plus faibles que le dioxyde de carbone, qui constitue le principal gaz à effet de serre, celui-ci se révèle 28 fois plus efficace pour piéger la chaleur. Depuis 2000, les émissions de ce gaz inodore et incolore ont augmenté de plus de 50 millions de tonnes par an, ce qui équivaut à celles générées par 350 millions de véhicules, ou au double des émissions totales de l’Allemagne ou de la France sur la même période, selon cette nouvelle étude alarmante menée par une équipe internationale de scientifiques et récemment publiée dans la revue Environmental Research Letters.

Aujourd’hui, plus de 50 % du méthane présent dans l’atmosphère provient des activités humaines, avec l’agriculture (et plus particulièrement l’élevage) et les déchets représentant environ deux tiers de cette part et l’industrie des combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon) le tiers restant. En 2017, année la plus récente couverte par l’étude, il s’avère que l’atmosphère de la planète a absorbé près de 600 millions de tonnes de méthane, soit une augmentation de 9 % en comparaison avec le début des années 2000, où les concentrations s’avéraient relativement stables.

Les activités humaines ont multiplié par 2,6 la quantité de méthane présente dans l’atmosphère depuis le début de la révolution industrielle, contre 1,7 pour le dioxyde de carbone. Le méthane se révélant beaucoup plus efficace que le CO2 pour piéger la chaleur et ses effets sur le climat intervenant à plus court terme, il est indispensable de le placer au cœur des efforts visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, selon le professeur Rob Jackson, qui supervise le Global Carbon Project.

— Syda Productions / Shutterstock.com

D’importantes disparités au niveau mondial

« Le CO2 est toujours notre principale préoccupation, mais le réchauffement dû au méthane constitue notre seconde priorité. Agir de manière agressive sur le méthane peut nous permettre de gagner du temps pour s’attaquer au CO2 et réduire d’un demi degré le réchauffement », estime Jackson. « Je suis optimiste quant aux possibilités d’identifier des sources naturelles majeures de méthane, en utilisant des drones et des satellites. Mais il est plus difficile de réduire les émissions d’un milliard de vaches qui rotent et d’un milliard de moutons, sachant que les choix alimentaires et la gestion des déjections ont également une incidence. »

Les travaux réalisés ont montré de grandes disparités à l’échelle mondiale selon le secteur et le lieu, avec par exemple des émissions de méthane ayant augmenté de près de 11 % au cours de la période étudiée (2006-2017) pour l’agriculture, contre 15 % pour le secteur des combustibles fossiles.

Au niveau régional, les plus fortes augmentations (de 10 à 15 millions de tonnes par an) ont été enregistrées en Asie, en Afrique et en Océanie, et étaient principalement liées à l’agriculture. Aux États-Unis, l’augmentation de 4,5 millions de tonnes au cours de la dernière décennie a été attribuée en grande partie à la fracturation hydraulique et à d’autres formes de forage, d’acheminement et de consommation de pétrole et de gaz.

— Roschetzky Photography / Shutterstock.com

L’Europe, seul continent à enregistrer une baisse des émissions de méthane

Modeste motif de satisfaction, l’Europe a été le seul continent à enregistrer une baisse des émissions de méthane grâce à de meilleures politiques en matière d’agriculture, de traitement des déchets et de production/gestion de l’énergie, et au fait que les populations y consomment davantage de volaille et de poisson que de viande rouge. Les chercheurs soulignent également que l’Arctique a connu peu de changements, ce qui laisse penser que les craintes d’une libération importante de méthane due à la fonte du permafrost ne se sont à priori pas concrétisées avant 2017.

Selon les chercheurs, les mesures de confinement mises en place pour endiguer la pandémie de coronavirus ont probablement eu une incidence beaucoup plus faible sur les émissions récentes de méthane que sur celles de CO2 et de dioxyde d’azote, étant donné que l’agriculture a été beaucoup moins impactée par les restrictions que les transports et l’industrie.

Comme le conclut l’étude, il ne pourra y avoir de stabilisation mondiale des émissions de méthane si les différents gouvernements ne mettent pas rapidement en place des mesures drastiques.

COMMENTEZ

connectez-vous pour commenter
avatar
  S’abonner  
Notifier de