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Elizebeth Friedman, cette héroïne de l’ombre qui a déjoué les plans des espions nazis

Une contribution majeure

Au cours de sa prolifique carrière, Elizebeth Friedman s’est illustrée en décodant des dizaines de milliers de messages cryptés. Des réalisations qui se sont avérées essentielles durant la Prohibition et la Seconde Guerre mondiale.

Elizebeth Friedman n’imaginait pas une seconde que son amour inconditionnel pour Hamlet et Macbeth l’amènerait à combattre le crime organisé et à contrecarrer les plans des espions nazis, mais c’est pourtant exactement ce qui s’est produit.

Originaire d’Huntington dans l’Indiana, Friedman est issue d’une famille modeste. Peu après sa sortie de l’université, elle obtient en 1916 un poste à la Newberry Research Library de Chicago grâce à ses solides connaissances des œuvres de William Shakespeare.

Connaissant son amour inconditionnel pour les pièces du dramaturge britannique, l’un des employés de la Newberry Research Library téléphone à George Fabyan, un riche homme d’affaires qui partage le même intérêt. Cet appel va changer à jamais la vie d’Elizebeth Friedman.

Elizebeth Friedman
La Newberry Research Library de Chicago vers 1920

Fabyan est persuadé que les pièces de Shakespeare renferment des messages secrets prouvant que Francis Bacon en est le véritable auteur. Une obsession dévorante qui l’a poussé à créer son propre laboratoire de cryptologie et à recruter une certaine Elizabeth Wells Gallup, chargée de percer leurs secrets.

L’homme est persuadé que Friedman et Gallup formeront le binôme parfait, et décide de l’embaucher pour travailler dans son laboratoire. Malgré des connaissances mathématiques limitées à son arrivée, Friedman ne tarde pas à développer d’impressionnantes compétences en matière de cryptanalyse au contact de sa collègue.

En 1925, le département du Trésor des États-Unis la recrute afin qu’elle aide les garde-côtes américains à lutter contre la contrebande d’alcool qui gangrène le pays.

Décrétée deux ans plus tôt, la Prohibition a en effet poussé les gangsters et les trafiquants d’alcool de contrebande à employer des messages radio codés afin d’empêcher les garde-côtes de se renseigner sur leurs opérations.

Bien que les techniques de chiffrement évoluent sans cesse, Friedman va décoder des milliers de messages entre 1926 et 1930. Des années avant l’invention du premier ordinateur, il s’agit évidemment d’une performance hors du commun.

Malgré les risques, elle n’hésite pas à témoigner contre les gangsters et les contrebandiers qu’elle a permis d’arrêter. Trois d’entre eux se révèlent même être les lieutenants d’Al Capone, célèbre baron du crime qui règne alors sur la ville de Chicago.

Elizebeth Friedman
Durant la Prohibition, les fûts d’alcool de contrebande sont saisis et vidés

Le gouvernement américain fait de nouveau appel à ses services durant la Seconde Guerre mondiale afin de contrecarrer les plans du IIIe Reich.

Les nazis ont envoyé des espions en Amérique du Sud afin qu’ils recueillent des informations au sujet du matériel militaire employé par les États-Unis et la Grande-Bretagne, et provoquent des coups d’État.

Alors qu’Alan Turing utilise des algorithmes et des « bombes électromécaniques », pour « casser » le code d’Enigma, Elizebeth se concentre plus spécifiquement sur les machines utilisées par les espions allemands pour crypter leurs rapports.

En mars 1942, ses travaux permettent également de déjouer une menace visant le Queen Mary. Se trouvant au large du Brésil, avec plus de 8 000 soldats américains à son bord, le paquebot est averti de la présence de sous-marins allemands, et modifie son itinéraire afin d’échapper à l’attaque.

Si les efforts de Friedman et son équipe contribuent largement au démantèlement des réseaux d’espionnage nazis implantés sur le continent sud-américain, son rôle dans la réussite de cette opération d’envergure sera longtemps gardé secret.

En 1944, J. Edgar Hoover, alors directeur du FBI, lance une campagne de communication promouvant l’idée que son organisation est la seule responsable de cette importante victoire.

Elizebeth Friedman
Elizebeth Friedman et son mari

Les documents faisant état des services de Friedman resteront longtemps classés secret défense, et cette dernière n’aura donc aucun moyen de remettre en cause les affirmations de Hoover. Aujourd’hui encore, ses réalisations restent largement méconnues.

Pour aller plus loin, découvrez aussi l’histoire de Christine Granville, l’espionne favorite de Churchill qui a inspiré l’auteur de James Bond.

Par Yann Contegat, le

Source: National Geographic

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