Domestiquée il y a environ 8 000 ans, la volaille d’élevage a connu des transformations physiques et physiologiques aussi spectaculaires que terribles au cours des dernières décennies. En cause : l’élevage intensif qui démontre l’impact terrible de l’Homme sur la nature. Explications.

 

Difformités, problèmes de santé et espérance de vie largement réduite

Originaire d’Asie du Sud-Est, le poulet a été domestiqué il y a plusieurs milliers d’années, mais c’est véritablement à la fin des années 1950 que sa morphologie a drastiquement évolué, avec la démocratisation de l’élevage intensif partout dans le monde. Selon cette nouvelle étude publiée dans la revue Royal Society Open Science, cela se traduit par une croissance incroyablement rapide, un squelette surdimensionné, des pattes difformes, une composition chimique des os et une génétique distinctes… ainsi que de nombreux problèmes de santé.

Comme l’a expliqué Carys Bennett, co-auteure de l’étude : « Le poulet d’élevage est méconnaissable par rapport à ses ancêtres ou ses congénères sauvages ». Plus grave encore, il n’a fallu que quelques décennies pour produire cette nouvelle forme d’animal contre des millions d’années pour la grande majorité des espèces. Comme cause principale de l’apparition de cette nouvelle espèce morphologique, on retrouve la recherche de rythmes de croissance très élevés depuis une soixantaine d’années.

© L214

 

65 milliards de poulets sont abattus chaque année

Grâce à une température, un niveau d’humidité et une alimentation millimétrée, les poulets d’élevage atteignent désormais un poids de 4,2 kg en 56 jours contre seulement 900 grammes avant 1957, mais cette croissance effrénée a un coût plutôt lourd en terme d’espérance de vie : de 3 à 11 ans pour les espèces sauvages, elle ne dépasse pas 50 jours pour les poulets élevés en batterie et est évaluée à environ un an pour les poules pondeuses. L’étude avance également un taux de mortalité multiplié par 7 lorsqu’on laisse vivre les volailles industrielles 9 semaines au lieu de 5.

Recherchés pour leur chair ou leurs œufs, poulets et poules font partie des animaux d’élevage les plus consommés à travers le monde. L’année passée, 65 milliards d’entre eux ont été abattus, ce qui représente « une masse totale de poulets domestiques trois fois supérieure à celle de toutes les espèces d’oiseaux sauvages réunies », selon Carys Bennett. Un constat particulièrement alarmant symbolisant pour les scientifiques l’impact terrible de l’activité humaine sur l’environnement depuis le début de révolution industrielle, qui s’apparente selon eux à une nouvelle époque géologique.

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