— © Gemini Forskning / Youtube 

L’attrait pour l’histoire viking, plus ou moins fantasmée, dans la culture populaire laisse à chacun l’image de leurs rites funéraires traditionnels dans des bateaux, enterrés et/ou poussés vers le large. Une découverte récente intrigue les archéologues : deux bateaux-cercueils ont été retrouvés l’un posé sur l’autre, abritant les restes d’une femme et d’un homme qui ont vécu à 100 ans d’écart. 

Une double sépulture dans des bateaux

Au cours de fouilles précédant la modernisation du réseau autoroutier à Vinjeøra, en Norvège centrale, des équipes d’archéologues ont exhumé en octobre dernier un site funéraire viking. Une femme qui devait tenir un rôle social important y a été mise en terre dans la seconde moitié du IXe siècle dans un bateau de sept-huit mètres de long — une pratique répandue —, portant une broche en forme de crucifix et entourée d’un collier de perles, deux paires de ciseaux et une tête de vache. 

Les chercheurs voient dans la pratique des inhumations au creux d’un bateau une portée symbolique : Raymond Sauvage, à la tête de l’équipe d’archéologues de la Norwegian University of Science and Technology qui ont fait la découverte, expliquait en septembre que le bateau est largement « interprété comme un vaisseau qui portera le défunt jusqu’au royaume des morts ». Les tombes étaient recouvertes d’un tertre, dont la taille pouvait varier selon le rang du défunt.

Ce qui intrigue les archéologues a été la découverte, sous ce cercueil de femme, d’un autre bateau funéraire de neuf-dix mètres, dernière demeure d’un homme entouré d’une lance, un bouclier et une épée à simple tranchant. Les chercheurs ont pu avec certitude dater les objets au VIIIe siècle, ce qui soulève la question : pourquoi ces deux personnes ont-elles été enterrées l’une sur l’autre, à plus d’un siècle d’intervalle ? 

Une histoire de famille ? 

Sauvage explique la rareté de la découverte : « J’avais entendu parler de plusieurs cercueils-bateaux enterrés en un seul tertre funéraire, mais jamais d’un bateau enterré sur un autre bateau. J’ai depuis appris que quelques doubles cercueils ont été découverts dans les années 50, à Tjølling, dans le sud de la région de Vestfold en Norvège. Cependant, c’est encore un phénomène que l’on connaît très peu. »

La composition du sol qui entoure les deux dépouilles a offert une très mauvaise conservation des os et des navires. L’ensemble du bois a pourri et s’est décomposé, mais l’équipe a pu retrouver les rivets et une partie de la quille, ainsi que des restes du crâne de la femme, ce qui a permis de distinguer les deux cercueils. 

Les chercheurs pensent que la femme et l’homme devaient avoir un lien de parenté, étant donné que les Vikings de la région avaient sans doute connaissance de l’attribution de chaque tertre funéraire, par la transmission entre générations : « La famille était très importante dans la société viking, pour marquer en même temps le statut social et le pouvoir, et pour consolider les droits de propriété. La première législation sur les droits de propriété au Moyen Âge stipulait que vous deviez prouver que votre famille possédait le terrain pour au moins cinq générations. S’il y avait un doute sur la propriété, vous deviez être capable de tracer votre lignée à travers haug og hedni — c’est-à-dire à travers les collines funéraires et le paganisme. » 

Ainsi, dans une société qui généralement ne se fondait pas sur la transmission écrite, l’acte d’enterrer la femme et l’homme ensemble devait marquer l’appartenance d’une famille à une ferme ou une terre. 

Les objets parlent autant que les morts 

Les équipes veulent poursuivre les recherches par des tests ADN du crâne de la femme, qui pourrait notamment donner une idée de son apparence, mais les objets qui l’entouraient, comme la broche en forme de crucifix sur sa robe, en disent beaucoup sur sa vie et ceux qui devaient l’entourer. La chercheuse Aina Heen Pettersen explique que la broche provient d’Irlande, et était utilisée à des fins décoratives, certes, mais aussi sociales. 

« Les voyages vikings — pour des conquêtes, du commerce ou d’autres expéditions — étaient centraux dans les sociétés nordiques. Cela signifie qu’il était important de participer à cette activité, pas seulement pour les biens matériels, mais aussi pour élever votre statut personnel et familial. Utiliser des artefacts issus d’invasions vikings en bijouterie annonçait une différence claire entre vous et le reste de la communauté, car vous faisiez partie du groupe qui avait pris part aux voyages. »

Rien ne semble avoir été retrouvé des restes de l’homme, mais ses armes font remonter son existence au VIIIe siècle. « Les styles d’épées changent à travers les siècles, ce qui signifie que nous pouvons sans ambiguïté faire remonter cette tombe au VIIIe siècle, la période connue comme l’ère mérovingienne en Europe du Nord. Tout cela à condition que nous n’ayons pas affaire à un Viking hipster », expliquait Sauvage en souriant. 

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