Si nous parlons essentiellement du lourd bilan humain dans les guerres qui ravagent actuellement le Moyen-Orient, les animaux représentent bien souvent des pertes encore plus lourdes et oubliées de nos registres. Les zoos, délaissés en temps de guerre, les bêtes sont ainsi livrées à elles-mêmes, mais aussi traquées, abattues, ou victimes de balles perdues. Contre ces véritables hécatombes, des personnes courageuses ont décidé de prendre d’importants risques pour tenter de leur sauver la vie. C’est notamment le cas d’Amir Khalil, dont son histoire touchante est racontée ci-dessous.

 

Un début de carrière en Europe

Amir Khalil est un Austro-Egyptien qui se déclare « vétérinaire de guerre ». Vétérinaire de formation au Caire, il décide de poursuivre ses études après 17 ans en Autriche, et s’engage alors sur la voie de l’humanitaire, avec la société Four Paws (quatre pattes, en français). Aujourd’hui encore, il en est encore membre.

C’est une véritable aventure qui l’attend, faite de défis et d’obstacles. En effet, il s’engage alors dans différents pays d’Europe, où il va devoir se transformer et se surpasser afin de progresser et mener ses objectifs à bien. Par exemple, se déguiser en émir du Golfe afin de faire croire au patron d’une boite de nuit qu’il souhaite racheter ses quatre lions, qui sont alors maltraités et en danger. En coopération avec la police, il réussit néanmoins à sauver les quatre fauves et se fait un nom à travers l’humanitaire.

Rêveur mais réaliste, Amir estime que le travail est loin d’être achevé, et ce à travers toute l’Europe. Pour lui, la situation des humains s’est grandement améliorée dans les pays en démocratie, mais celle des animaux demeure préoccupante. Alors, plus loin que l’Europe, il s’engage sur une voie que certains qualifient de suicidaire : les pays ravagés par la guerre. La première de ces missions périlleuses est Bagdad en 2003, encore sous le feu des bombardements américains. À cette époque, le zoo privé de Saddam Hussein contient 650 animaux rares, qui sont tous délaissés et en danger critique. Malgré les efforts d’Amir, seul 20 individus survivront.

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La situation actuelle au Moyen-Orient

Par la suite, il se rend dans d’autres pays aux situations critiques comme la Libye, ou encore dans la Bande de Gaza. Au cours des dernières années, il s’est également investi à Mossoul en Irak et Alep en Syrie, qui sont toutes deux des villes soumises aux bombardements quotidiens et continus. Plus qu’un médiateur, son but principal est d’évacuer le maximum d’animaux afin de les soigner.

Pour Amir, les animaux représentent un élément qui ne figure pas dans le clivage de deux parties opposées. En effet, il a remarqué que très souvent, il pouvait obtenir un accord – temporaire – de cesser-le-feu des deux armées, le temps du sauvetage des bêtes. La compréhension humaine étant de mise, son travail comprend une forte dose psychologique.

« Lorsqu’on se retrouve à une frontière et que l’on porte une grande cage contenant un lion, tout le monde pose son arme à terre et nous aide à porter. Après ça, ils vont continuer à s’entretuer, mais on voit bien que les animaux sauvages aident à ouvrir les frontières. »

Après leur avoir apporté des soins et les avoir remis sur pied du mieux qu’il peut, il s’engage à les transférer en des lieux sûrs, où ils pourront s’épanouir. Jordanie, Afrique du Sud ou encore Pays-Bas, voici quelques noms de pays qui offrent une deuxième chance à ces animaux victimes de la cruauté de l’Homme.

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Aujourd’hui, tout reste à faire

Le 11 avril dernier, un lion appelé Simba et un ours nommé Lula ont atterri dans l’aéroport international Queen Alia à Amman, en Jordanie. Ils représentent les deux seuls animaux encore vivants du zoo de Mossoul en Irak. Au cours de la libération de la ville, c’est plus de 40 animaux qui sont morts, que ce soit directement sous les balles et diverses explosions, ou indirectement par la faim. Quand les deux animaux ont été sauvés, ils étaient blessés physiquement, et psychologiquement traumatisés. Deux semaines ont été nécessaires à Simba pour quitter son refuge et explorer son nouveau foyer et territoire.

Le 10 aout fut encore plus encourageant, puisque l’aéroport a accueilli cinq lions, deux tigres, deux ours, deux hyènes et deux chiens husky, tous originaires du Magic World, un zoo situé aux abords de la ville d’Alep, en Syrie. Après six ans de guerre civile, le zoo était dans un état dramatique, et plus de 110 animaux étaient déjà morts. Les gardiens, introuvables, ne s’occupaient plus des animaux laissés pour compte. Enfin, ces derniers devaient vivre sans aucune nourriture, au sein d’enclos constamment balayés par des obus qui perduraient ensuite dans le sol, tout en le contaminant. L’arrivée en toute sécurité de ces animaux en Jordanie a marqué l’aboutissement de plusieurs mois de travail pour Amir Khalil, le vétérinaire de 52 ans. Durant son périple en Syrie, un kamikaze s’est notamment fait exploser devant le zoo, le forçant à repartir précipitamment. Sauver les animaux d’Alep, cela signifie également traverser le territoire contrôlé par les rebelles, le gouvernement et Al-Qaïda, trois forces militaires sans retenue.

Fort de son succès médiatique, Amir Khalil tente d’utiliser sa notoriété afin de sensibiliser le monde sur la perte et dégradation continue de sa biodiversité. L’action humaine cause d’innombrables dégâts sur le monde entier, et nous oublions trop souvent d’évoquer le sort des animaux, pourtant non-responsables de ce qui leur arrive. L’équilibre de la planète vacille au gré des conflits et intérêts purement humains. Aujourd’hui, Amir Khalil et Four Paws travaillent main dans la main et s’engagent toujours davantage dans des pays ravagés, au Moyen-Orient, afin de sauver le maximum de vies…

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