La Chine détient dans des camps d’internement des membres d’ethnies, officiellement pour les convertir à la ligne du parti. La semaine dernière, un organisme avançait des preuves selon lesquelles des trafics d’organes, parfois sur des personnes encore vivantes, ont été faits dans ces camps.

Des « camps de rééducation politique » pour plus d’un million de Ouïghours

La communauté ouïghoure, dont plus de 10 millions de représentants habitent dans la région autonome du Xinjiang, dans l’ouest de la Chine, subit depuis deux ans la politique de Pékin visant à « rééduquer » les membres. Cela consiste en des internements en « camps de rééducation politique », selon l’appellation officielle, afin d’imposer un contrôle idéologique sur ces populations, de confession musulmane pour la plupart, mais les motifs de ces persécutions ne sont pas idéologiques. 

À ce jour, plus d’un million de Ouïghours sont enfermés — l’objectif à long terme, selon Libération, n’est pas tant l’extermination totale qu’un lent processus d’embrigadement, notamment en séparant les parents des enfants, par un endoctrinement fait de cours d’idéologie du parti, une interdiction de parler le ouïghour, de pratiquer leur religion et de respecter leurs traditions.

Pourtant, selon une intervention récente de The China Tribunal, organisme indépendant étudiant et reportant le respect des droits de l’homme en Chine, lors d’une réunion au Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies (la branche de l’ONU observant l’état des droits de l’homme dans le monde), avance que la Chine commet un crime contre l’humanité, notamment en exerçant des prises d’organes non volontaires sur des personnes internées. Les prisonniers seraient « ouverts encore vivants pour retirer leurs reins, foie, cœur, poumons, cornée et peau, et en faire des produits de vente ». 

Voici l’intervention d’Hamid Sabi, avocat pour les droits de l’homme au China Tribunal.  

Le nombre de centaines de milliers de victimes est avancé. Cette prise de parole fait suite à un rapport détaillé de juin dernier, avançant des preuves de l’existence de ces trafics (gardés bien entendu confidentiels) : vous pouvez le retrouver ici, ou ici dans sa version abrégée.

Le vol d’organes sur des personnes non déclarées en état de mort clinique (c’est-à-dire qui peuvent encore respirer seules) n’est pas nouveau : le rapport explique que la pratique était courante ces 20 dernières années sur des minorités politiques et des minorités religieuses, prenant pour exemple des membres du Falun Gong. Ce groupe, persécuté par le régime sous prétexte de ses opinions anticommunistes (voir la très intéressante présentation de ce mouvement par Le Monde), a connu des arrestations de masse, des internements similaires à ceux que vivent, aujourd’hui, les Ouïghours. 

— xmee / Shutterstock.com

La crainte de pratiques institutionnalisées, et de la création de « réservoirs d’organes » 

Aussi, un fichage biologique systématique a été démontré par le China Tribunal sur des centaines de milliers, voire plus d’un million de Ouïghours en prison. Le rapport explique, en se référant à une expertise de décembre 2018, que « sur les derniers 18 mois, chaque femme, homme et enfant ouïghour – autour de 15 millions de personnes — a eu des prises de sang et d’ADN ». Le rapport rappelait aussi que les analyses sanguines permettent de déterminer une compatibilité d’organes entre un donneur et un receveur. De plus, China Tribunal suspecte dès 2016, la création par le Parti communiste chinois d’une base de données nationale de don d’organes, qui à l’époque « dépassait les 17 millions » de données. 

Dans les faits qui appuient ces accusations, l’organisme explique que le temps d’attente pour les demandeurs d’organes était étrangement court, par rapport à une impossibilité mathématique d’avoir autant de donneurs « éligibles », décédés et volontaires en république populaire de Chine. Des infrastructures massives et un personnel nombreux facilitent les procédures de transplantation d’organes, sans commune mesure avec les programmes de don volontaire d’organes. Des témoignages relatent des prises d’organes sur des donneurs du Falun Gong encore vivants — ce qui, au vu du développement des infrastructures, permet à l’organisme d’accuser un trafic d’organes et une atteinte à l’intégrité humaine encore plus systématisés que dans le passé. 

La crainte latente est la création d’un « réservoir d’organes » au sein des communautés persécutées par le régime, au profit de « vrais » Chinois conformes à l’idéologie du parti. À ce jour, même si Reuters rapporte que la Chine insistait sur le fait qu’ils ont « cessé d’utiliser des organes de prisonniers exécutés en 2015 », le régime chinois n’a jamais su fournir des preuves démentant les accusations de vol d’organes. 

Manifestation à Washington pour alerter sur le sort des Ouïghours en Chine, le 4 mai dernier — Jer123 / Shutterstock.com

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Papounet UT

Elles devraient aller manifester en Chine pour avoir plus d’impact.