— Robert Ross / Shutterstock.com

De nouvelles recherches se sont penchées sur un étrange rituel d’accouplement, au cours duquel des papillons mâles Danainae harcelaient, soumettaient puis se nourrissaient de chenilles de la même famille afin d’obtenir des parfums particuliers pour séduire les femelles.

Une forme inédite de cannibalisme

Les chenilles mangent des plantes toxiques les rendant insipides pour les oiseaux prédateurs, et les substances chimiques qu’elles ingèrent se manifestent ensuite par des couleurs d’ailes vives. Si les lépidoptères continuent d’acquérir ces toxines pour renforcer leurs phéromones lorsqu’ils grandissent, les plantes ne suffisent pas, et les papillons Danainae des forêts du nord de Sulawesi, en Indonésie, commencent à cannibaliser d’autres chenilles comme source chimique supplémentaire. Ce précieux « nectar » va permettre aux mâles d’améliorer leur attrait en produisant des phéromones de meilleure qualité.

« Les papillons endommagent les plantes contenant des produits chimiques à l’aide de leurs griffes tarsales acérées, et absorbent les fluides végétaux libérés à l’aide de leurs longues langues bouclées », détaille Yi-Kai Tea, auteur principal de la nouvelle étude. « Les chenilles sont essentiellement des sacs de feuilles macérées, ces mêmes feuilles qui contiennent ces produits chimiques puissants que recherchent les papillons. Pour les adultes, les chenilles constituent peut-être simplement une source alternative de produits chimiques dont ils peuvent se nourrir. »

Dans le cadre de ces travaux publiés dans la revue Ecology, les chercheurs de l’université de Sydney ont constaté que les femelles semblaient particulièrement réceptives à cette odeur intense. Ce qui se traduisait par un plus grand succès reproductif chez les papillons mâles se livrant à cette surprenante forme de cannibalisme.

« C’est la première fois qu’un tel comportement est documenté », souligne Tea. « Il ne correspond pas aux modes traditionnels de prédation, de parasitisme ou de mutualisme, et représente donc un nouveau défi pour la théorie de l’évolution. Nous l’avons baptisé ‘kleptopharmacophagie’, c’est-à-dire le vol de substances chimiques destinées à être consommées. »

Des chenilles « dévorées » vivantes

Les chercheurs ont également constaté que les papillons ne prenaient même pas la peine d’attendre que les chenilles meurent pour effectuer leurs « prélèvements ». Ceux-ci s’attaquaient à la fois aux feuilles et aux chenilles vivantes, qui se contorsionnaient rapidement (dans une vaine tentative d’échapper à leurs agresseurs) tout en exsudant la substance tant convoitée, dont se repaissaient les papillons mâles.

Si les papillons Danainae étaient déjà connus pour se nourrir d’autres insectes morts, il s’agit du premier rapport de cannibalisme vivant de membres de la même famille. Actuellement, les chercheurs ignorent si la mort des chenilles est le résultat direct des entailles pratiquées par les insectes ailés.

« Ces observations simples soulèvent des questions sur l’écologie de ces papillons bien connus, offrant de nombreuses possibilités d’études futures, qui pourraient notamment déterminer les composés exacts qui intéressent ces papillons, et si un tel comportement se produit ailleurs dans le monde », conclut Tea.

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