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Ces molécules trouvées sur Mars pourraient être liées à une chimie prébiotique similaire à celle de la Terre primitive

Des molécules organiques découvertes dans une roche martienne vieille de 3,5 milliards d’années relancent une question fascinante. Mars a-t-elle connu une chimie proche de celle qui a précédé l’apparition de la vie sur Terre ? Les dernières analyses sèment le doute chez les chercheurs.

Le rover Curiosity fore une roche ancienne sur Mars pour analyser des molécules organiques potentiellement liées aux origines de la vie.
Le rover Curiosity analyse une roche martienne vieille de plusieurs milliards d’années, où des molécules organiques complexes ont été détectées par les scientifiques – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une roche forée par Curiosity en 2013 révèle enfin des molécules organiques complexes

Quand Curiosity fore la roche Cumberland en 2013, la scène paraît presque routinière. L’échantillon est chauffé, analysé dans le laboratoire embarqué du rover, puis classé parmi des milliers de données. Personne n’imagine alors que ce petit morceau de mudstone deviendra l’un des objets les plus intrigants de l’exploration martienne.

Douze ans plus tard, une nouvelle lecture des données change l’ambiance. Les chercheurs repèrent du décane, de l’undécane et du dodécane, trois hydrocarbures à longues chaînes carbonées. Le plus étonnant reste leur ancienneté : ces composés semblent avoir traversé près de 3,5 milliards d’années sous les radiations martiennes.

Ces molécules ne prouvent pas que Mars a abrité la vie. Elles rappellent toutefois certaines structures associées, sur Terre, aux membranes cellulaires. Le piège est là : des réactions géologiques peuvent aussi produire des composés similaires. Mars offre donc un indice fascinant, mais refuse encore de livrer une réponse claire.

Une expérience chimique menée avec du TMAH dévoile plus de vingt molécules inédites

En 2020, le rover tente une analyse plus audacieuse dans Glen Torridon, une région riche en argiles formées autrefois au contact de l’eau. Curiosity utilise alors du TMAH, un réactif capable d’extraire des molécules que la simple chauffe ne révèle pas. Une sorte de mini laboratoire organique, posé au milieu du désert martien.

Le résultat mettra des années à être confirmé. Publiée dans Nature Communications, l’étude mentionne plus de vingt molécules organiques distinctes, dont un hétérocycle azoté. Cette structure évoque certains précurseurs chimiques de l’ARN et de l’ADN, sans prouver leur présence. Pour l’astrobiologie, c’est une alerte rare et précieuse.

Les scientifiques hésitent entre une origine géologique et une ancienne chimie du vivant

Depuis ces annonces, les scénarios se multiplient. Des météorites anciennes auraient pu déposer ces composés sur Mars. Des réactions hydrothermales auraient aussi pu les fabriquer sous la surface, sans aucune biologie. Chaque piste possède ses arguments, et aucune ne parvient encore à écraser les autres.

Un détail continue pourtant de troubler les spécialistes. Sur Terre, certaines molécules liées aux acides gras suivent des régularités chimiques associées au vivant. L’undécane apparaît légèrement plus abondant que les deux autres hydrocarbures détectés. Ce n’est pas une signature décisive, mais c’est assez pour entretenir une curiosité scientifique intense.

En 2026, de nouvelles analyses ont encore renforcé cette tension. Les processus non biologiques connus n’expliqueraient pas parfaitement les quantités observées dans certaines roches. L’hypothèse d’une ancienne biosphère microbienne reste donc ouverte, fragile mais sérieuse. Mars ne dit pas qu’elle a vécu, mais elle ne permet plus de l’exclure si facilement.

Le retour d’échantillons martiens pourrait enfin permettre de trancher le débat

Curiosity sait détecter des molécules, mais il ne peut pas raconter leur origine avec certitude. Ses instruments ne permettent pas de distinguer proprement une réaction minérale d’une trace biologique ancienne. Les scientifiques se retrouvent donc avec une énigme rare : assez solide pour passionner, encore trop incomplète pour conclure.

La suite dépendra probablement du retour d’échantillons martiens préparé par la NASA et l’ESA. Les roches collectées par Perseverance dans le cratère Jezero pourraient être étudiées avec des instruments bien plus précis sur Terre. Alors seulement, ces molécules silencieuses diront peut-être si Mars a frôlé, elle aussi, les premières étapes du vivant.

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