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Dès le début du XXe siècle, on a pu observer en Allemagne le développement d’un sentiment anti-tabac, et aggravé dans les années 1930 par les travaux de scientifiques ayant prouvé un lien entre cette substance et le cancer du poumon. Les premières associations contre le tabac ont été créées en 1904 et publiaient des journaux au travers desquels elles luttaient contre le tabagisme. Mais c’est en 1933 que la véritable première campagne anti-tabac a été développée.

Hitler était, durant sa jeunesse, un gros fumeur qui consommait entre 24 à 40 cigarettes par jour. Mais il changea très vite d’avis concernant le tabac, réalisant qu’il perdait beaucoup trop d’argent. Lorsqu’il prit le pouvoir en 1933, il s’engagea donc contre le tabagisme, et mit en place de véritables mesures pour contrer celui-ci. Pour convaincre le peuple allemand d’arrêter de consommer du tabac, le régime nazi utilisa notamment des stratégies de propagande. Par exemple, on trouvait de nombreux avertissements sur les effets potentiellement dévastateurs du tabac dans les magazines de santé, et des affiches à ce sujet étaient placardées dans les rues ; des articles prônant les bienfaits de l’arrêt du tabac étaient publiés régulièrement. Les publicités en faveur du tabac furent limitées.

Le gouvernement nazi s’impliqua dans la lutte contre le tabagisme. En 1938, le tabac fut interdit au sein de la Luftwaffe (l’armée de l’air allemande) mais également au sein de la Reichspost (institution postale). Il est par la suite prohibé notamment dans les établissements de soins, dans les maisons de repos et dans les écoles. Le parti nazi prohibe également sa consommation au sein de ses bureaux. En 1941, les citoyens d’une soixantaine de villes allemandes n’ont désormais plus le droit de le consommer dans les tramways. Ces interdictions s’accompagnent de la création en 1939, d’un bureau « contre les dangers de l’alcool et du tabac ». La consommation de tabac est alors perçue comme une « dégénérescence raciale », un « poison génétique » susceptible de « corrompre le plasma germinatif allemand ».

Cette campagne anti-tabac participe donc au développement de véritables conceptions eugénistes, en cours depuis le début du siècle mais qui se sont intensifiées avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir. En effet, Hitler valorisait par-dessus tout une « race » qu’il appelait « aryenne », et dont les caractéristiques seraient la beauté, la force et la fertilité. Il voulait de ce peuple aryen pour incarner sa vision de l’Allemagne, une Allemagne puissante et supérieure. Or, cette vision était profondément incompatible avec le tabagisme, qu’il savait être dévastateur : des scientifiques avaient découvert dans les années 1930 que le tabac aggravait les risques de cancer du poumon.

On considérait également que les femmes adeptes du tabac faisait face à un vieillissement précoce et subissaient une altération de leur beauté. Mais le point le plus problématique était celui de leur fertilité : des scientifiques nazis établissaient déjà à l’époque que de la nicotine se trouvait dans le lait maternel de la fumeuse, mettant ainsi en danger leur enfant. Enfin et surtout, ils avaient trouvé que le tabac causait des problèmes de fertilité, mais également la naissance d’enfants mort-nés ou des fausses couches. Cela leur était impensable, dans la mesure où créer une « race » parfaite leur était à l’époque primordial et urgent. Hitler avait besoin pour son Allemagne rêvée de femmes capables d’incarner la mère de famille idéale, belle et fertile, et considérait de fait les fumeuses comme inaptes à cette fonction.

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