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La pandémie de coronavirus a également touché de plein fouet l’avenir des étudiants, notamment ceux qui comptaient faire leurs études à l’étranger dans le cadre d’Erasmus. Concernant la rentrée prochaine, l’incertitude est particulièrement grandissante.

Entre incertitudes et déceptions

À cause de la pandémie de coronavirus, nombreux sont les jeunes qui devaient partir à l’étranger à la rentrée prochaine qui voient leurs projets d’avenir perturbés. Échanges annulés, reportés ou bien basculés en ligne : l’incertitude et la déception sont bien présentes pour les étudiants qui désiraient réaliser une partie ou l’intégralité de leurs études à l’étranger. Remettre à plus tard ce genre de projet ou bien dans certains cas l’annuler complètement n’est effectivement pas simple.

Interrogée par Le Monde, Jade, jeune étudiante française de 19 ans, aurait dû débuter un échange à l’université à Berkeley, université située à San Francisco. Néanmoins, à cause de la situation sanitaire actuelle, elle sera contrainte de réaliser ses cours à distance, depuis chez elle en France. Elle éprouve une profonde déception qu’elle n’a pas manqué de faire savoir : “C’est frustrant, je me sens en colère et impuissante. Mais on ne peut pas y faire grand-chose.” À présent, elle espère pouvoir se rendre sur le sol états-unien au début de l’année 2021 pour le second semestre, sans savoir si cela sera bel et bien possible.

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Une adaptation au cas par cas

En raison de ce contexte particulièrement complexe, les situations sont multiples. En Espagne, en Australie, aux États-Unis ou encore en Allemagne, chaque établissement scolaire s’adapte comme il peut concernant l’accueil des étudiants étrangers, et ce, selon certaines conditions : l’ouverture des frontières, les visas, le respect des règles sanitaires ou encore l’organisation de cursus à distance. 

Concernant les établissements français, ceux-ci s’adaptent au cas par cas. Au sein de l’espace Schengen, les étudiants Erasmus devraient pouvoir partir au moins lors du second semestre, voire probablement au cours du premier. En dehors de l’Europe, les séjours sont majoritairement annulés, des cours sont proposés à distance ou encore des reports à l’année suivante sont proposés. Face à cela, la Conférence des présidents d’université (CPU) recommande fortement de limiter au maximum les départs d’étudiants hors Schengen. « Il y a encore trop d’incertitudes. On peut se retrouver avec des étudiants qu’il faudrait rapatrier, avec des billets d’avion hors de prix, des quatorzaines à financer… On a eu notre dose au début du confinement. On ne veut pas mettre les jeunes en difficulté », comme l’a rapporté Mohammed Amara, président de l’université de Pau et étant à la tête de la commission internationale de la CPU.

Par exemple, Sciences Po, qui avait prévu d’envoyer 1 350 étudiants durant un an à l’étranger à la rentrée prochaine, proposera un programme de cours en ligne. “Je ne dis pas ça avec beaucoup de joie, car ce n’est pas l’expérience qu’ils imaginaient, mais on fait tout pour que ce semestre ait une coloration internationale”, a commenté Vanessa Scherrer, directrice des relations internationales de l’institution de la rue Saint-Guillaume. À l’EDHEC, les étudiants pourront de même suivre des cours en ligne : “Certes, ils ne vont pas vivre une dimension essentielle de l’expérience internationale, à savoir la confrontation à l’altérité, la découverte d’une autre culture, l’expérience de se retrouver en minorité. Mais ils pourront découvrir un autre enseignement, une autre pédagogie”, a affirmé Richard Perrin, directeur des relations internationales de cette école de management.

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Quel avenir pour les étudiants étrangers venant en France ? 

Dans cette situation, une autre question se pose : quel avenir se dessine pour les étudiants étrangers venant en France ? Jusqu’à présent, aucune annulation ne semble être prévue. D’ailleurs, au milieu du mois de mars, le nombre de candidats à des études en France à la rentrée a augmenté de 20 %, selon l’agence gouvernementale Campus France. “Au moment des inscriptions, l’Asie était déjà touchée par le coronavirus, il y avait les incendies en Australie, Donald Trump envoyait des signaux négatifs aux étrangers… Du coup, la France était en position de force, avec des frais de scolarité qui restent inférieurs à ceux d’autres pays”, a affirmé Béatrice Khaiat, directrice de Campus France.

La parade aux annulations et aux craintes des jeunes c’est, pour les établissements, de proposer une solide offre de formations en ligne”, a également rapporté Richard Perrin. C’est la raison pour laquelle les établissements scolaires tentent de mettre en place des cursus à distance pour la rentrée prochaine. Néanmoins, ces programmes demeurent coûteux pour certains. “Cette crise sera sans doute un tournant. Elle devrait accélérer les mobilités plus locales, et l’essor de nouvelles destinations comme la Malaisie, l’Afrique du Sud, le Maroc, le Sénégal…”, a également commenté Jean-Baptiste Meyer, spécialiste des mobilités étudiantes internationales à l’Institut de recherche pour le développement.

Vers des Erasmus virtuels ?

Ainsi, il semblerait que la pandémie donnera lieu à des Erasmus majoritairement à distance, selon l’agence européenne Erasmus, qui développe d’ailleurs depuis 2018 le programme “Virtuel Exchange”. Avec ce programme, les étudiants peuvent suivre des cours dans une classe à distance en petit groupe. “Ça ne peut pas remplacer un échange à l’étranger, mais ça permet de s’ouvrir à la perspective d’autres personnes, de pratiquer l’anglais. Le cours nous a conduits à discuter de nos identités, nos traditions politiques, nos histoires”, a notamment rapporté au Monde Cécilia, étudiante de 20 ans, en master de santé publique à l’université de Bordeaux. 

L’idée n’est pas de remplacer les séjours Erasmus. Mais dans le contexte actuel, cet outil est plus facile à déployer que les mobilités physiques. Et puis, les étudiants peuvent développer des liens forts entre eux, même lors d’un cours en ligne. Alors qu’a contrario certains jeunes qui partent en Erasmus déplorent de n’avoir lié connaissance avec aucun étudiant du pays”, a rapporté Laüra Hoskins, professeure d’anglais à l’université de Bordeaux. 

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