Le 4 mars dernier, pendant que les Brésiliens étaient occupés à fêter le traditionnel carnaval, le gouvernement Bolsonaro a fait une annonce choc. Il a l’intention d’autoriser l’exploitation minières des terres indigènes, sans leur accord.

Quelle a été l’annonce du ministre brésilien ?

Depuis des décennies, les sociétés brésiliennes et le très puissant lobby minier ont la volonté d’exploiter les richesses minières basées sous des terres autochtones. Le souhait du “lobby de la boue” pourrait bientôt être exaucé, suite aux déclarations de Bento Albuquerque, ministre brésilien des mines et de l’énergie.

C’est au congrès annuel de l’association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs (PDAC), que le ministre a fait l’annonce. Entouré des sociétés minières majeures, il a expliqué que les zones indigènes “sont devenues des foyers de conflits et d’activités illégales, qui ne contribuent en aucune manière au développement durable, à la souveraineté et à la sécurité nationale”. Bento Albuquerque a ajouté que les autochtones pourront négocier, mais n’auront pas la possibilité de poser un veto.

Cette annonce du gouvernement n’est pas surprenante. Il y a quelques semaines déjà, le gouvernement disait vouloir urbaniser l’Amazonie, car la région est jugée peu productive. Le président Bolsonaro a récemment écrit sur Twitter : “Plus de 15 % du territoire national est défini comme une terre autochtone et quilombola. Moins d’un million de personnes vivent dans ces zones isolées, exploitées et manipulées par des ONG. Nous allons intégrer ces citoyens.”

Wikimedia / Jonathan Lewis

Qu’en dit la loi brésilienne ?

Il existe aujourd’hui 900 000 indigènes au Brésil. La communauté est protégée par la constitution nationale de 1988. C’est dans cette dernière que l’assimilation des peuples autochtones à la culture dominante a été abandonnée (même si Bolsonaro souhaite la rétablir). La constitution affirme également le concept de droits originels et reconnaît les autochtones comme les premiers habitants du pays, ayant droit de peupler leurs terres ancestrales.

L’article 231 de la Constitution déclare : “Les Indiens ont le droit d’occuper en permanence leurs terres ancestrales et de jouir de l’usage exclusif des richesses des sols, des rivières et des lacs”. Leurs droits sont inaliénables. La constitution évoque bien l’exploitation minière, mais elle précise qu’elle est possible seulement si les Indiens ont été consultés par des procédures spécifiques, et qu’ils sont d’accord.

Les analystes pensent que Bolsonaro pourrait publier un décret présidentiel pour passer l’obstacle constitutionnel. Mais le système judiciaire et le peuple pourraient bien se retourner contre le gouvernement si de telles mesures sont prises, de surcroit par la force d’un décret. La procureur générale brésilienne, Raquel Dodge, s’est déjà fermement exprimée à l’encontre de ce projet.

Wikimedia / José Cruz

Quelle est la réaction des indigènes ?

Les autochtones sont clairement contre l’exploitation minière de leurs sols. Leurs quelques représentants ont fait des déclarations fermes. Notamment Joenia Wapichana, seule députée fédérale autochtone du Brésil, qui a expliqué que son peuple ne voulait pas de l’argent que l’extraction minière pourrait rapporter : “Pour nous, la richesse des peuples autochtones, c’est d’avoir la santé, des terres pour vivre, un climat stable, des terres délimitées, préserver la culture et le respect de notre communauté.”

Davi Kopenawa Yanomami, l’un des leaders indigènes les plus connus du Brésil, a ajouté : “ce type d’exploitation requiert des routes pour transporter le minerai, de vastes zones pour stocker la production, de grands dortoirs où les travailleurs dorment. Cela transformera notre forêt”. En 2017, une étude dévoilait que l’exploitation minière et ses activités ont causé 10 % de la déforestation en amazonienne entre 2005 et 2015. Les conséquences pourraient donc être dévastatrices pour l’Amazonie si l’exploitation minière se développe.

À ce jour, le nouveau code minier n’a pas encore été promulgué. La tragique catastrophe minière en janvier, qui a fait 193 morts et 115 disparus, pourrait encore retarder cette approbation. Une consultation nationale devrait également avoir lieu pour préciser l’évolution du projet. Mais, quoi qu’il en soit, les autochtones sont prêt à se battre juridiquement pour le bien de leurs terres et de l’Amazonie.

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Pierre Buatois

les peuples premiers en amazonie ont beaucoup à nous apprendre, nous devrions etre plus modestes