
La découverte d’un harpon remarquablement ancien au Brésil a permis de repousser d’environ un millénaire les origines de la chasse à la baleine, que l’on pensait jusqu’à présent avoir émergé dans l’hémisphère nord.
Changement de paradigme
Ces dernières années, des fouilles dans la baie de Babitonga (sud du Brésil) ont conduit à la découverte d’une quantité impressionnante de restes de cétacés, comprenant différentes espèces de baleines, ainsi que des rorquals, des cachalots et des dauphins.
Si le fait que plusieurs membres du peuple ancestral Sambaqui aient été inhumés avec ce type d’ossements indiquait une importante valeur symbolique et spirituelle, la présence de marques claires de dépeçage suggérait également une chasse méthodique de ces mammifères marins. Cependant, jusqu’à présent, nous ne disposions pas de preuves directes d’une telle activité, dont les témoignages avérés les plus anciens (2 500 à 3 500 ans) provenaient des régions arctiques et sub-arctiques.
Dans le cadre de travaux publiés dans la revue Nature Communications, des chercheurs de l’université autonome de Barcelone ont identifié une quantité importante de harpons en os de baleine trouvés le long de la côte sud du Brésil, dont le plus ancien remontait à 5 000 ans.
« Nos données confirment que les anciennes communautés de la région disposaient des connaissances et des outils nécessaires à la chasse des grands cétacés, et s’y livraient des siècles plus tôt que nous le pensions », écrivent les chercheurs.

Des implications pour la conservation des grands cétacés
Réécrivant l’histoire de la pêche à la baleine, ces découvertes contribuent également à éclairer l’évolution de leur aire de répartition.
Selon Marta Cremer, co-auteure de la nouvelle étude, l’abondance de restes de baleines à bosse indiquent que les zones où elles se reproduisaient s’étendaient autrefois nettement plus au sud.
« La recrudescence récente des observations dans cette partie du Brésil pourrait indiquer une recolonisation de ces eaux, avec des implications pour la conservation de l’espèce », estime la scientifique. « Il est essentiel de connaître leur répartition pré-chasse industrielle pour évaluer le rétablissement de leurs populations. »
En 2007, des chercheurs avaient découvert un harpon vieux d’un siècle dans le corps d’une baleine boréale.