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Pour la première fois, des patients ont été placés en « animation suspendue » lors d’une opération, dans le cadre de tests sur un procédé qui permettrait aux équipes médicales de « geler » un patient en danger de mort imminente après un traumatisme violent. 

Une procédure qui interroge sur les frontières entre la vie et la mort

Une étude (annoncée dès 2014) est conduite sur la faisabilité des EPR, ou Emergency Preservation and Ressucitation : c’est-à-dire un refroidissement du corps d’une personne admise dans les services d’urgence à la suite d’un traumatisme violent — blessure par balle, coup de couteau — et en arrêt cardiaque, en lui injectant rapidement une solution saline dans le réseau cardiovasculaire pour refroidir le corps à une température de 10-15°, avant de s’offrir un temps précieux pour l’opération. Cette température permet d’atteindre un état d’hémostase et ainsi faire cesser toute hémorragie menant aux dommages irréversibles des organes ; dans ces conditions, l’activité cérébrale est quasiment nulle. 

Habituellement, si la personne est en arrêt cardiaque et a perdu environ la moitié de son sang, les équipes n’ont que quelques minutes pour agir, et les chances de survie ne sont pas supérieures à 5 %. Dans ce procédé, ce délai crucial monterait à deux heures, après lequel le patient, dans d’autres conditions considéré comme en état de mort clinique, pourrait être lentement « réchauffé » et réanimé. 

New Scientist rapporte qu’un test a été conduit sur au moins un patient au sein de l’University of Maryland School of Medicine, auquel réagissait Samuel Tisherman, à la tête de l’étude, en qualifiant l’expérience d’« un peu surréaliste ». Celui-ci n’a pas voulu communiquer sur le nombre de patients ayant survécu. 

L’étude complète porte sur l’observation de 20 patients aléatoires, au gré de leur admission aux services d’urgence de l’hôpital : les chercheurs veulent comparer les suites de 10 procédures d’EPR avec celles de 10 procédures de chirurgie traditionnelle, dans le cas où aucun équipe spécialisée ne pourrait conduire d’EPR à leur admission. L’étude a reçu le soutien de la FDA — Food and Drug Administration —, qui a octroyé le droit de se passer du consentement du patient étudié, au vu de la gravité de la situation (jugée par les équipes médicales) et du caractère a priori irréversible des traumatismes. Le journal New Scientist rapporte que l’équipe a rendu la procédure publique à l’échelle locale au cours de rencontres, et par le biais d’annonces dans le journal, incitant ceux qui refuseraient la procédure à s’inscrire sur un site internet dédié. 

Des résultats dès l’année prochaine, et des recherches à poursuivre

Tisherman annonce vouloir présenter les résultats à la fin de l’année prochaine. La procédure est vue comme très prometteuse : si elle permet (en théorie) de multiplier les chances de survie, elle éviterait aussi de nombreuses séquelles naissant de la détérioration rapide des cellules manquant d’oxygène, qui ne se transmet plus quand notre cœur s’arrête. Quand le corps est refroidi à des températures si basses, les réactions chimiques des cellules sont réduites, ces dernières nécessitent moins d’oxygène et donc se « grillent » moins vite. 

Ce test fait suite à de nombreuses études sur des animaux, notamment sur des cochons qui pouvaient rester refroidis jusqu’à 3 heures, avant d’être ramenés à la vie. « Nous sentions qu’il était temps que l’on transpose cela à nos patients. Aujourd’hui, nous le faisons vraiment et nous apprenons beaucoup pendant que nous avançons dans les tests. Une fois que l’on peut prouver que la technique fonctionne, nous pourrons l’étendre pour la survie de patients qui ne serait pas possible dans d’autres conditions. »

Les scientifiques ne savent pas encore à quel point le délai d’action, une fois les vaisseaux gelés, peut s’étendre : il existe un risque de reperfusion injury, autrement dit de blessures au moment de la remise en activité du corps par des réactions chimiques des cellules, plus susceptibles d’advenir à mesure que la durée de refroidissement s’allonge. Tisherman explique que des traitements pourront être définis, « mais nous n’avons pas encore identifié toutes les causes de reperfusion injury« .

Si prometteur semble-t-il, le procédé n’en est bien qu’à ses premiers pas et nécessitera de nombreuses recherches ultérieures avant d’espérer éviter de nombreuses morts brutales, un enjeu particulièrement important dans une Amérique confrontée à la violence par armes à feu.

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MERCi docteur TISHERMAN.

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MERCI docteur FISHERMAN.