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Aux États-Unis, des mustangs protégés vendus 25 dollars réapparaissent dans la filière de l’abattage

Ils galopaient encore dans l’Ouest américain avant d’être capturés par l’État. Comment certains de ces chevaux protégés peuvent-ils, quelques mois plus tard, réapparaître près des circuits de l’abattage ? Une enquête récente révèle une faille juridique aussi discrète que lucrative.

Mustang sauvage américain dans un enclos fédéral avec d’autres chevaux et les montagnes de l’Ouest en arrière-plan.
Après leur capture sur les terres fédérales de l’Ouest américain, certains mustangs sont placés dans des enclos avant d’être adoptés ou vendus – DailyGeekShow.com / Image Illustration

De la liberté des plaines aux enclos fédéraux, le destin des mustangs bascule brutalement

Dans le Nevada, l’Utah ou le Wyoming, les mustangs évoluent dans un décor grandiose. Les immensités sèches, la sauge et les montagnes dessinent leur territoire. Pourtant, chaque année, le Bureau of Land Management, ou BLM, capture une partie de ces chevaux sauvages sur les terres fédérales.

En effet, les chiffres expliquent cette intervention. En mars 2026, le BLM comptait 61 523 chevaux sauvages sur les terres qu’il administre. Près de 24 000 ânes vivaient aussi dans ces espaces. Selon l’agence, certaines populations seraient trop nombreuses pour les ressources disponibles. Elle organise donc régulièrement des opérations de capture.

Une règle vieille de vingt ans transforme soudain un animal protégé en bien à vendre

Après leur capture, certains chevaux trouvent une famille. En revanche, d’autres rejoignent des corrals ou de vastes pâturages financés par l’État. En mai 2026, 58 025 chevaux et ânes vivaient ainsi loin de leur milieu naturel. À eux seuls, leur entretien a coûté 101 millions de dollars pendant l’exercice budgétaire 2024.

Par ailleurs, une règle peu connue ouvre ensuite la porte à la vente. Un équidé âgé de plus de dix ans peut devenir éligible à la vente. Le BLM applique aussi cette mesure après trois échecs lors de campagnes d’adoption. Dès lors, la loi fédérale de 1971 ne protège plus l’animal comme un cheval sauvage après la transaction.

Depuis peu, le phénomène prend de l’ampleur. Les données officielles indiquent que 3 718 chevaux et ânes sauvages ont quitté le programme par la vente en 2025. L’année précédente, le BLM en avait vendu 1 509. De plus, certaines opérations révélées par le New York Times concernaient des animaux cédés pour quelques dizaines de dollars.

Quelques jours suffisent parfois pour qu’un mustang disparaisse dans une chaîne de reventes

Le BLM affirme ne pas vendre d’animaux pour l’abattage. En principe, les acheteurs signent un engagement et promettent de leur fournir des soins adaptés. Cependant, cette obligation ne suit pas forcément le cheval après une nouvelle transaction. Un intermédiaire peut alors le revendre à un autre propriétaire, sans être lié par le contrat initial.

Dans ce contexte, l’enquête publiée en août 2026 a suivi les marques d’identification de plusieurs mustangs. Après une vente organisée à Poteau, dans l’Oklahoma, au moins 55 chevaux ont rejoint des enchères au Kansas et au Texas. Or, des acheteurs liés à la filière de la viande chevaline fréquentaient ces marchés.

Derrière le scandale des ventes, une autre bataille se joue sur les terres de l’Ouest

Ce dossier dépasse le cas de quelques chevaux revendus trop rapidement. D’un côté, l’administration veut réduire le coût des structures d’accueil. De l’autre, les associations craignent qu’une faille dans la traçabilité facilite l’arrivée de mustangs dans des circuits que le gouvernement dit vouloir exclure.

À l’avenir, la situation pourrait encore se tendre. En mars 2026, le BLM recensait 85 466 chevaux et ânes sauvages dans son programme, contre 73 130 un an plus tôt. Pourtant, l’agence n’avait réalisé que 921 traitements contraceptifs pendant l’exercice 2025. Cette méthode limite les naissances sans déplacer les troupeaux.

Les autorités peuvent donc capturer davantage, agrandir les structures ou contrôler la reproduction. Toutefois, chaque option entraîne des coûts et suscite des critiques. Au fond, une question demeure : si quelques signatures suffisent à retirer à un mustang la protection accordée depuis plus d’un demi-siècle, que vaut encore ce statut après le passage par un enclos fédéral ?

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