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La Russie de Poutine est indéniablement un pays où les valeurs traditionnelles sont reines. Et ce n’est pas spécialement un compliment : en effet, il ne fait pas bon être une femme ou une LGBTQI+ en Russie, puisque dans ce pays où le sexisme et l’homophobie sont la règle, leurs droits sont limités. Ioulia Tsvetkova, une jeune artiste russe, a été assignée à résidence il y a 4 mois ; on lui a mis un bracelet électronique qui ne l’autorise à sortir qu’une heure par jour, et dans un périmètre de 500 mètres autour de sa maison. La raison ? Elle est accusée de « diffusion de pornographie auprès de mineurs ».

UNE JEUNE ARTISTE QUI SE DÉMARQUE AU SEIN DE SA VILLE

La jeune femme habite à Komsomolsk-sur-l’Amour, une petite ville de 250 000 habitants, à 8 500 kilomètres de Moscou. Ce bracelet électronique a été mis en place en attendant son procès pour lequel elle risque entre 2 et 6 ans de prison. Le Monde a contacté la jeune femme par téléphone. Elle déclare qu’« il n’y a qu’une seule route qui quitte cette ville. (…) Je ne crois pas que les autorités aient réellement peur que je m’enfuie. C’est plutôt une façon de faire pression sur moi et sur ma mère. » Militante féministe et lesbienne, elle se démarque tout à fait dans cette petite ville, où peu de gens sont vraiment impliqués politiquement. La jeune femme est véritablement polyvalente car en plus d’être une militante féministe écologiste et artiste, et d’avoir été exposée une dizaine de fois, elle est danseuse, professeure d’anglais, directrice artistique du théâtre pour enfants Merak. Elle affirme que dans sa ville, “toute forme d’activisme fait peur. J’avais déjà eu des problèmes après avoir organisé une leçon sur le goulag au centre communautaire, et une autre fois pour une discussion sur la guerre… Mais les accusations à caractère “sexuel” sont faites pour effrayer, pour faire honte.

Ioulia Tsvetkova n’en est pas à sa première incrimination. Elle est pour la première fois visée par une enquête en mars 2018, lorsqu’elle avait publié des dessins portant sur la question de la féminité. Ces derniers affirmaient qu’une « femme n’est pas une poupée », que « les femmes ont des poils – et c’est normal » ou encore que « les femmes ont des règles – et c’est normal ». On lui avait alors demandé de faire profil bas mais elle avait refusé et lancé une campagne intitulée « Le féminisme n’est pas de l’extrémisme ». Le même mois, elle devait présenter une pièce, mise en scène par elle-même au théâtre Merak, et jouée par des enfants. Les forces de l’ordre, pensant que son spectacle nommé Rose et bleu abordait des thèmes concernant l’homosexualité, l’ont convoquée et ont annulé la représentation. En fait, il s’agissait d’un spectacle sur les stéréotypes de genre et sur le harcèlement. Les enfants seront même interrogés par la police. « Je n’ai jamais parlé à des enfants d’orientation sexuelle. Mais, au bout du compte, les gens mélangent tout et sont effrayés. Cela fonctionne : j’ai reçu énormément de messages d’insultes, de menaces, venant de la ville ou d’ailleurs… Des professeurs qui défendent les homosexuels rencontrent les mêmes réactions. »

AUJOURD’HUI INCRIMINÉE POUR DES DESSINS CONSIDÉRÉS COMME PORNOGRAPHIQUES

Elle est aujourd’hui incriminée pour des dessins considérés comme pornographiques, qui auraient été rendus accessibles à des mineurs. Ces dessins représentent en fait tout simplement… des vulves. Réalisés par différents artistes, Ioulia Tsvetkova les publiait sur le réseau social VKontakte, et plus précisément sur la page intitulée « Les monologues du vagin », en hommage à la pièce d’Eve Ensler. En revanche, sur sa page personnelle, l’artiste représentait des phallus ou des actes sexuels, mais très ironiquement, elle ne fait pas face à une enquête criminelle pour ces derniers. On accuse Ioulia Tsvetkova de pornographie mais « ces représentations de vulves sont des œuvres artistiques et militantes. Je suis contre la pornographie ! C’est insensé de me juger responsable du fait que des mineurs aient visité cette page [toujours visible], un avertissement précise bien qu’on y trouve des images ne convenant pas aux mineurs… », affirme l’artiste.

Cette militante féministe et homosexuelle a également été incriminée en décembre 2019 car elle n’aurait pas respecté la loi de 2013, qui interdit la « propagande en faveur de relations sexuelles non traditionnelles auprès des mineurs ». Elle a été condamnée à payer une amende de 50 000 roubles (environ 670 euros) car elle était l’administratrice d’une page humoristique et pédagogique sur la question LGBT. Pourtant, il était bien précisé que son accès n’était pas recommandé à des gens de « – de 18 ans ». Finalement, une affaire est toujours contre elle car elle avait réalisé une série de dessins représentant des familles homoparentales, nommée « La famille, c’est là où il y a de l’amour ». 

LA RUSSIE, UN PAYS AUX LOIS HOMOPHOBES ET SEXISTES

Il est notoire qu’en Russie, on exclut toute forme de débat concernant l’homosexualité : c’est un pays indéniablement homophobe. En novembre 2019, une enquête pour « violence sexuelle » avait été ouverte après la diffusion d’une vidéo sur YouTube sur laquelle on pouvait voir des enfants posant des questions sur sa vie à un jeune homosexuel. La jeune femme à l’origine de ce programme éducatif avait dû s’exiler hors de Russie. Dans le pays de Poutine, les personnes LGBTQI+ n’ont pas le droit de se marier. Depuis 2013, il est interdit d’informer des mineurs au sujet des “relations sexuelles non traditionnelles”. L’homophobie y est omniprésente, voire encouragée par l’État selon l’ONG Human Rights Watch. Nous rappelons également qu’en Tchétchénie, les homosexuels font face à des persécutions et sont enfermés dans des camps où ils sont torturés.

C’est également un pays où le sexisme et la misogynie sont plus que banalisés. Chaque année, 8000 femmes meurent sous les coups de leur conjoint. Les violences conjugales sont souvent vues par la police comme des disputes au sein du couple, elle n’intervient donc pas. Malgré son immense superficie, on notait qu’en 2010, selon les chiffres officiels, la Russie ne comptait que 22 hôtels sociaux permettant d’accueillir des victimes de violences conjugales. En 2017, 456 postes étaient toujours interdits aux femmes, car jugés inadéquats pour elles. On se souvient également qu’il y a quelques années, les Pussy Riot, un groupe de punk rock féministe russe, avaient été condamnées pour avoir chanté une chanson féministe dans une église. Leur objectif est de promouvoir, sans relâche, le droit des femmes. 

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