Annie Londonderry, la première femme de l’Histoire qui a réalisé le tour du monde à bicyclette

Annie Londonderry, la première femme de l’Histoire qui a réalisé le tour du monde à bicyclette

Lorsqu’Annie Londonderry annonce qu’elle va réaliser le tour du monde à bicyclette, elle est l’objet de nombreuses critiques sexistes. Mais plutôt que de nuire à son projet, celles-ci vont la pousser à réaliser son audacieux pari coûte que coûte. Retour sur la vie de cette féministe et entrepreneuse géniale qui a définitivement marqué son époque.

UN PARI DES PLUS AUDACIEUX

Nous sommes le 25 juin 1894 à Boston et Annie Londonderry se prépare à entrer dans l’histoire. En cette chaude journée d’été, près de cinq cents personnes se sont rassemblées près du Massachusetts State House et sont impatientes de la voir se lancer dans son audacieux projet : devenir la première femme à réaliser le tour du monde à bicyclette.

Née en Lettonie en 1870, Londonderry a suivi sa famille aux États-Unis et a plus tard épousé Max Kopchovsky, avec lequel elle a eu trois enfants. À l’âge de 24 ans, la jeune femme intrépide fait parler d’elle dans la presse américaine en signant un partenariat surprenant avec l’entreprise Londonderry Lithia Spring Water : contre 100 dollars, elle accepte de prendre le nom de la compagnie, qui sera également apposé sur sa bicyclette, durant son ambitieux tour du monde.

C’est Londonderry, une compagnie américaine commercialisant de l’eau de source, qui sponsorise l’ambitieux tour du monde de la jeune mère de famille

À la toute fin du 19e siècle, le cyclisme connait son apogée et devient inextricablement lié au féminisme précoce. La bicyclette offre aux femmes davantage de liberté et d’autonomie en leur permettant d’aller où elles le souhaitent, quand elles le souhaitent, et devient le moyen de transport privilégié par de nombreuses suffragettes.

Comme l’expliquait Susan B. Anthony, figure de ce mouvement : « Laissez-moi vous dire ce que je pense de la bicyclette. Je pense qu’elle a davantage participé à l’émancipation des femmes que n’importe quoi d’autre dans le monde. Chaque fois que je vois une femme au guidon d’une bicyclette, je m’en réjouis ».

Annie Cohen Kopchovsky dite Annie Londonderry (1870-1947)

Bien évidemment, tout le monde ne voit pas d’un bon œil la liberté offerte aux femmes par ce moyen de transport, de nombreux médecins prétendant par exemple que le fait de pratiquer cette activité physique risque de marquer durablement leur visage, mais ces ridicules controverses sont loin de freiner les ardeurs d’Annie Londonderry.

Bien que l’intrépide mère de famille soit ravie à l’idée de devenir l’une des figures de proue de la cause féministe, son audacieux pari lui permettra surtout de gagner beaucoup d’argent grâce à la médiatisation dont elle bénéficie.

Publié en 1873, l’incontournable « Tour du Monde en 80 jours » de Jules Verne a largement contribué à éveiller l’intérêt du grand public pour ce genre d’entreprises, et selon la plupart de sources, ce sont deux « clubmen » fortunés de Boston qui ont fixé les conditions de l’exploit d’Annie Londonderry : réaliser le tour du monde à bicyclette en 15 mois et parvenir à amasser 5 000 dollars (ce qui représenterait aujourd’hui 135 000 dollars) durant son périple.

LONDONDERRY DEVRA RÉALISER SON TOUR DU MONDE À BICYCLETTE EN 15 MOIS ET PARVENIR À AMASSER 5 000 DOLLARS DURANT SON PÉRIPLE

Si Londonderry porte une longue jupe, considérée à l’époque comme l’habit le plus approprié pour un femme, lors de son départ de Boston, elle la délaisse rapidement au profit de vêtement bien plus confortable : un costume d’équitation pour homme. Cela ne tarde pas à susciter de vives critiques misogynes et accusations voulant qu’elle soit un homme.

L’itinéraire suivi par Annie Londonderry durant son tour du monde à bicyclette

Loin d’être offusquée par les critiques dont elle est l’objet, la jeune femme va profiter de tout ce battage médiatique pour faire son autopromotion et devenir une célébrité internationale en racontant des histoires folles, et souvent contradictoires, sur son parcours et ses antécédents familiaux.

Au cours de son périple, elle prétend tour à tour être orpheline, comptable, héritière fortunée, étudiante en médecine à Harvard, avocate ou inventeur d’une nouvelle forme de sténographie, et journalistes et lecteurs du monde entier raffolent de ses histoire fantasques évoquant la mort, les rivières gelées, la royauté, les superstitions… ou les tigres.

Londonderry représentée sur la couverture du célèbre magazine Vogue en 1895

Tout cela fait évidemment partie du plan de cette femme d’affaires avisée, qui en profite également pour vendre davantage d’espaces publicitaires sur sa bicyclette et utilise sa célébrité naissante pour organiser des apparitions payantes et vendre ses portraits aux curieux, fascinés par sa personnalité haute en couleurs.

Voyageant avec une minuscule valise contenant quelques vêtements de rechange ainsi qu’un petit revolver, elle pédale de Boston à New York, puis embarque à bord d’un bateau à destination du Havre. Arrivée en France, elle se rend à Marseille, puis à Alexandrie, Colombo, Singapour, Saigon, Hong Kong, Shanghai et Nagasaki, utilisant occasionnellement un bateau à vapeur pour rallier ces différentes destinations.

Londonderry arrive finalement à San Francisco au guidon de sa bicyclette en mars 1895, et termine officiellement son tour du monde le 24 septembre 1895 lorsqu’elle atteint Boston après avoir traversé les États-Unis. À cette occasion, le New York World qualifie sa performance de « voyage le plus extraordinaire jamais entrepris par une femme ».

EN 1895, LE NEW YORK WORLD QUALIFIE L’INCROYABLE PERFORMANCE D’ANNIE LONDONDERRY DE « VOYAGE LE PLUS EXTRAORDINAIRE JAMAIS ENTREPRIS PAR UNE FEMME »

Dès le mois suivant, Londonderry et sa famille s’installent à New York, où elle ne tarde pas à faire de nouveau parler d’elle sous une nouvelle identité : « La Femme Nouvelle ». Dans la chronique du même nom qu’elle tient pour le New York World, elle écrit notamment : « Je suis une journaliste et une femme nouvelle, ce qui signifie que je suis capable de faire tout ce qu’un homme peut faire ».

Après son tour du monde, Annie Londonderry va tenir une chronique pour le New York World

Assez inexplicablement, Annie Londonderry choisit de mettre rapidement un terme à sa carrière naissante dans le journalisme afin de pouvoir se consacrer à l’éducation de ses enfants. En dépit de sa performance historique, elle vivra dans un relatif anonymat jusqu’à sa mort en 1947, mais restera à jamais l’intrépide et courageuse entrepreneuse qui s’illustra à la toute fin du 19e siècle en devenant la première femme à réaliser le tour du monde à bicyclette.

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