À Allonnes, dans le Maine-et-Loire, un banal projet de lotissement a révélé une immense cité gauloise disparue. Les fouilles de l’Inrap dévoilent un carrefour commercial majeur du IIIe siècle avant notre ère, marqué par des rituels mystérieux et les traces rares d’un esclavage local.

Un projet immobilier banal dévoile une immense métropole commerciale de la Gaule indépendante
En décembre 2018, les archéologues débutent un diagnostic préventif avant la construction de maisons individuelles à Allonnes. Rien ne laissait présager la découverte de vestiges d’une ampleur exceptionnelle. Face à l’importance des structures mises au jour, l’État ordonne rapidement la prolongation des recherches sur le site.
Les fouilles, étalées sur près d’un an, révèlent une agglomération gauloise de vingt hectares. Ce carrefour d’échanges, apparu au IIIe siècle avant notre ère, abritait une population dense. L’étude montre que les habitants consommaient régulièrement du vin importé de l’Empire romain par d’importantes voies de communication.
Seule une fraction de ce vaste ensemble, correspondant à un hectare et demi du lotissement Les Lisières, a été explorée. Le reste de cette cité enfouie sommeille toujours sous les terres agricoles voisines, préservant de précieux secrets pour de futures campagnes archéologiques.
Un quartier d’artisans très actif spécialisé dans la forge et la transformation des métaux
La zone fouillée s’apparente à une vaste zone industrielle de l’époque celtique. Les chercheurs y ont identifié des ateliers de forgerons, de bronziers et de chaudronniers travaillant le fer et le cuivre. Des milliers de résidus de forge confirment une intense production d’objets métalliques à Allonnes.
Les structures légères en bois abritaient des boutiques ouvertes sur la rue, propices au commerce. Des outils spécialisés et des blocs de métal brut y ont été retrouvés, prouvant la maîtrise technique de ces artisans gaulois hautement qualifiés qui vendaient directement leurs créations.
Des rituels complexes de mutilation d’offrandes métalliques pour s’adresser directement aux divinités
Juste à côté des ateliers s’élevait un sanctuaire fréquenté durant six siècles, jusqu’au IVe siècle de notre ère. Les croyants y déposaient des offrandes rituelles mais, curieusement, aucune n’était intacte. Les fidèles pratiquaient la destruction volontaire des objets avant de les consacrer aux puissances divines.
Cette mutilation ôtait toute valeur commerciale aux objets, les faisant ainsi basculer définitivement dans le monde des dieux. Les archéologues ont exhumé des épées pliées, des lances cisaillées et des monnaies frappées de coups de burin, prouvant la portée hautement symbolique de ces gestes sacrés répétés.
Ce lieu sacré attirait des pèlerins venus de toute la région pour déposer des lingots de métal ou des pièces de monnaie déformées. Cette ferveur, qui a perduré bien après la conquête romaine, témoigne d’une continuité culturelle remarquable sur plus d’un demi-millénaire.
La découverte de cinq pièces de fer uniques révèle les rouages du commerce d’esclaves en Gaule
Parmi le mobilier métallique, les spécialistes ont mis au jour de cinq pièces uniques : des anneaux d’immobilisation pour poignets et chevilles. Cette découverte rarissime apporte la preuve matérielle d’un marché d’êtres humains actif au cœur même de la Gaule indépendante.
Ces personnes, captifs de conflits, condamnés ou personnes endettées, devenaient de simples marchandises privées de droits. Ces objets en fer sortent de l’ombre cette population servile, habituellement invisible dans le sol, rappelant la brutalité de cette société gauloise antique.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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