Depuis 1961, la deuxième ville de l’État de l’Alaska, Fairbanks, accueille chaque été l’un des événements culturels les plus importants pour les autochtones de l’Alaska, les Jeux olympiques mondiaux eskimo-indiens (WEIO). En 60 ans, cet événement annuel n’a été annulé qu’une seule fois, en 2020, à cause de la pandémie de Covid-19. Mais les autochtones ont rattrapé le coup cette année en faisant un événement particulièrement saillant. Les WEIO de cette année ont eu lieu du 21 au 24 juillet dernier, à Fairbanks.

Comment est né cet événement ?

D’après Smithsonian Magazine, deux employés de l’ancienne compagnie aérienne Wien Air Alaska, du nom de Bud Hagberg et Frank Whaley, sont considérés comme étant les fondateurs des WEIO. En l’été 1961, la ville de Fairbanks a accueilli les premiers WEIO avec le soutien de la Chambre de commerce de Fairbanks et de Wien Air Alaska. A l’époque, les premiers WEIO étaient connus sous le nom de World Eskimo Olympics.

Deux pilotes de ligne commerciale de la Wien Air Alaska, Bill English et Tom Richards, ont fait des allers-retours vers certaines des communautés périphériques de l’État. Ils ont alors vu les autochtones de l’Alaska exécuter des danses et d’autres activités physiques.

© FairbanksMike / Flickr

Parmi celles-ci, il y avait le lancer de couverture. C’est une activité dans laquelle 30 personnes ou plus tiennent une couverture faite de peaux et lancent une personne en l’air. La personne sur la couverture doit alors rester en équilibre et atterrir sur ses pieds.

Apparemment, cette activité viendrait des Inupiaq, un groupe indigène originaire du nord de l’Alaska, qui lançaient un chasseur en l’air pendant la période de chasse pour facilement repérer le gibier.  

En quoi consistent les WEIO ?

Les WEIO sont un événement annuel multisport qui dure quatre jours en commençant normalement le troisième mercredi de chaque juillet. Ces Jeux olympiques particuliers ont été conçus dans le but de préserver les pratiques culturelles et les compétences traditionnelles de survie essentielles dans les régions circumpolaires du monde.

Ainsi, les WEIO proposent des jeux ou des sports dans lesquels on retrouve les techniques ancestrales de chasse et de survie transmises par les Inuits, Inupiat, Yupiks et autres Amérindiens. On voit également des compétitions de danse, de combats mais aussi un concours culturel annuel dénommé Miss WEIO qui se base sur les connaissances culturelles.

Quels jeux y sont pratiqués ?

De nos jours, des milliers de spectateurs assistent aux WEIO auxquels participent des centaines d’athlètes. Près d’une douzaine d’événements sportifs s’y déroulent. On cite, par exemple, le « knuckle hop » qui teste l’endurance des compétiteurs lorsqu’ils « sautent » vers l’avant dans une position de pompe et que seuls leurs doigts et leurs orteils sont autorisés à toucher le sol.

Il y a aussi le « tire-oreille » que le site Web des WEIO décrit comme un jeu d’endurance dans lequel deux personnes ont un morceau de tendon en boucle derrière chacune de leurs oreilles. Ils font ensuite un genre de tir à la corde où chacun tire aussi fort qu’il le peut pour arracher le tendon de son adversaire. D’après Gina Kalloch, la présidente du conseil d’administration des WEIO :

Le tire-oreille est spécialement conçu pour être une compétition pour résister à la douleur. La douleur imite ce que c’est que d’éprouver des gelures et enseigne aux gens à apprendre à gérer la douleur.

Il y a aussi le « high kick d’Alaska », une épreuve dans laquelle un athlète est au sol en équilibre sur une main tout en étirant une jambe pour donner un coup de pied à un objet suspendu dans les airs, comme un ballon.

Une autre activité, l’« Eskimo stick pull », consiste, pour deux athlètes, à s’asseoir sur le sol tout en agrippant leurs mains autour d’un bâton et en tirant dans le but de renverser l’adversaire.

Les WEIO : un lien avec le passé, les ancêtres et les origines des autochtones

Il faut savoir que les activités des WEIO ne sont pas cadrées par des limites d’âge. Ainsi, il arrive que des adolescents ou de jeunes adultes se trouvent confrontés à des personnes plus âgées et plus expérimentées. La seule règle dans les WEIO est que les compétiteurs doivent avoir au moins 12 ans.

Amber Applebee, qui a participé à des épreuves comme l’Eskimo stick pull, déclare que « c’est une tradition parmi les autochtones de l’Alaska d’enseigner. Les enfants grandissent souvent grâce à cet événement et voient leurs parents et grands-parents concourir. Nous sommes impatients d’assister aux WEIO car nous avons l’occasion de voir des parents que nous ne voyons pas souvent. C’est comme une grande réunion de famille. »

© Public Affairs Office Fort Wainwright / Flickr

Enfin, selon Kalloch, les WEIO deviennent de plus en plus importants chaque année car beaucoup d’autochtones ont perdu le lien avec leur terre et leur langue. En effet, les changements de vie pousseraient les gens à déménager en ville pour trouver un emploi et même si c’est quelque part un progrès, il y a également une perte ressentie par les autochtones.

Elle affirme ainsi que les Jeux olympiques donnent aux gens la chance de se connecter avec leurs ancêtres et de faire ce qu’ils ont fait auparavant, ajoutant : « Nous ressentons un fort besoin de nous accrocher à ce que nous pouvons, ce qui fait de nous ce que nous sommes. »

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