
Il aura fallu attendre près d’un demi-millénaire. Des séquençages génétiques ont permis d’établir la cause de la mort de deux représentants de l’illustre famille Médicis, que l’on pensait avoir été empoisonnés.
Un tueur bien connu
Fondatrice de la principale banque européenne au XVe siècle, la famille Médicis a utilisé sa remarquable fortune pour financer artistes et penseurs de la Renaissance, et également fonder une dynastie qui compta de nombreux ducs, quatre papes et deux reines de France. Parmi les mystères tenaces les entourant, la mort de cinq membres de la famille de Cosme Ier de Médicis, grand-duc de Toscane, sur une période de 25 ans.
Si certains historiens supposaient des empoisonnements à l’arsenic, probablement perpétrés par une autre branche des Médicis, d’autres évoquaient plutôt la piste du paludisme, endémique jusqu’au XXe siècle dans les zones marécageuses de Toscane où étaient bâties leurs villas.
Afin de mettre un terme au débat, une équipe internationale de chercheurs a examiné des échantillons d’ADN provenant des ossements de deux des fils de Cosme : le cardinal Giovanni, décédé à l’âge de 19 ans en 1562, le même mois que sa mère et son frère cadet, et Francesco Ier, âgé de 46 ans au moment de sa mort en 1587, ayant étroitement coïncidé avec celle de son épouse.
Détaillées dans la revue iScience, les séquençages ont révélé la présence de l’ADN de Plasmodium falciparum, parasite unicellulaire responsable de la forme la plus mortelle du paludisme, dans les restes de Giovanni et Francesco. Ces détections appuient les rapports médicaux de l’époque, évoquant une forte fièvre épisodique (ou « tierce ») caractéristique de la maladie, ainsi que le recours à des saignées.
Des surprises
De façon plus inattendue, les restes de Francesco ont également révélé la présence de Plasmodium malariae, suggérant que les deux pathogènes ont pu contribuer à sa mort et à celle de son épouse. Bien que Giovanni ait été uniquement infecté par P. falciparum, la souche identifiée présentait de son côté deux mutations jusqu’alors inconnues.
« Ces découvertes éclairent l’évolution de l’un des principaux parasites responsables du paludisme et pourraient nous aider à prévoir les prochaines adaptations qu’il est susceptible de développer », conclut Alexander Ochoa, de l’université de Yale.
Plus tôt cette année, les séquençages d’ossements de soldats morts durant la cataclysmique retraite de Russie de Napoléon avaient révélé la présence des bactéries Salmonella enterica et Borrelia recurrentis, respectivement responsables de la fièvre paratyphoïde et de la fièvre récurrente mondiale.
Par Yann Contegat, le
Source: Live Science
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