C’est une nouvelle étude de neurologie qui nous apporte des résultats bluffants sur le fonctionnement du cerveau des acteurs. Entrer dans un personnage signifierait ainsi fermer certaines parties de leur propre cerveau. Explications.

Sur quoi se base cette étude ?

Cette étude a été publiée dans la revue Royal Society Open Science. Les neuroscientifiques Steven Brown, Peter Cockett et Ye Yuan ont ainsi découvert des preuves mettant en évidence le coût neurologique d’une action telle que l’interprétation d’un rôle au théâtre. Devenir une autre personne consomme également moins d’énergie que d’être soi-même, toujours selon l’étude.

Ces chercheurs se sont focalisés sur la “méthode d’action”, utilisée par les acteurs de théâtre. Elle tire son origine dès 1930, avec le metteur en scène russe Konstantin Stanislavski. Cette méthode demande ainsi à un interprète de trouver la “vérité intérieure” et les émotions que peuvent ressentir le personnage joué, afin que l’acteur devienne en quelque sorte ce personnage. Le but est évidemment de donner plus de profondeur à la performance de l’acteur et d’avoir un résultat plus immersif. À titre d’exemple, Marlon Brando était un acteur renommé dans l’utilisation de cette méthode, tout comme Robert de Niro ou Angelina Jolie.

Comment s’est déroulée l’expérience ?

Les chercheurs ont donc mis en place une série d’expériences où les acteurs étaient placés dans des appareils (semblables à ceux des IRM) et ils devaient ensuite répondre à des questions, comme s’ils étaient Roméo ou Juliette, lors de la scène mythique du balcon. À partir de ces questions-réponses, les chercheurs ont pu en tirer plusieurs données intéressantes, qui ont toutes convergé à cette troublante constatation : les participants pensaient à des choses religieuses ou romantiques (le thème de l’œuvre, rien de surprenant) mais dans le même temps, l’analyse de leur cerveau a révélé qu’ils étaient véritablement envahi par les rôles qu’ils jouaient.

Dans les faits, cela se traduit par une diminution de l’activité cérébrale, notamment dans la partie du lobe frontale. Selon les chercheurs, cela suggère que la représentation du personnage prend le pas dans notre cerveau, bien plus que ne devrait l’être un script de personnage. Le Dr. Steven Brown, neuroscientifique à l’Université McMaster, est spécialiste du comportement cérébral. Il explique notamment dans son analyse que personne n’avait jamais essayé de mesurer l’activité cérébrale en l’imaginant comme fruit de l’interprétation. « Nous pensions qu’il pourrait y avoir des augmentations d’activation liées au fait de prétendre être un personnage, mais au lieu de cela, nous avons vu cette activation diminuer. C’était très surprenant pour nous.

En bref, en assumant leur rôle, les individus ayant servi comme cobayes dans cette expérience ont montré des désactivations de certaines régions du cerveau. Le chercheur estime qu’elles perdent en conséquence, temporairement certes, leur “sens de soi-même”. C’est un tout nouveau domaine de recherche qui en est encore à ses balbutiements, mais qui représente une avancée considérable vers la compréhension de notre cerveau.

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