Cette nouvelle étude suisse montre que les modèles climatiques actuels sous-estiment largement l’acidification de l’océan Arctique, qui pourrait à terme impacter l’ensemble de sa chaîne alimentaire. Explications.

Une menace largement sous-estimée

Véritables régulateurs climatiques, les océans de la planète contribuent à capturer et à stocker le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère (environ 25 % des émissions anthropogéniques de carbone). Mais cette absorption a pour effet d’augmenter l’acidité de l’eau de mer et perturbe le développement de nombreuses espèces marines (étoiles de mer, coraux, mollusques, crustacés…) dont le squelette, la coquille protectrice ou la carapace, majoritairement composés de carbonate de calcium, se retrouvent attaqués.

S’il avait été précédemment établi que l’acidification augmentait plus rapidement dans l’Arctique en raison de ses températures froides et de l’accélération de la fonte de la banquise, conduisant à une forte dissolution du CO2 dans les eaux de surface, ces nouveaux travaux publiés dans la revue Nature révèlent que ce phénomène est aujourd’hui largement sous-estimé par la plupart des modèles climatiques.

Afin d’étudier l’acidification future de l’océan Arctique, une équipe composée de chercheurs de l’université de Berne et de l’École normale supérieure de Paris a employé une nouvelle technique d’analyse des simulations climatiques. Appelée « analyse par contrainte émergente », celle-ci permet de réduire les incertitudes sur les projections climatiques en privilégiant les modèles reproduisant le mieux certaines caractéristiques observées à l’heure actuelle.

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Jusqu’à 20 % de CO2 supplémentaire dans l’océan Arctique d’ici 2100

Les scientifiques ont ainsi pu mettre en évidence une relation entre la densité des eaux de surface et son acidification future, avec des modèles simulant une densité des eaux de surface plus importante, donc plus proche de la réalité, conduisant à une formation plus intense des eaux profondes arctiques, un transport plus élevé du CO2 vers les profondeurs, et une acidification accrue.

L’étude a ainsi révélé que, dans un scénario où le CO2 continuerait à augmenter au cours du 21e siècle, l’océan Arctique pourrait absorber jusqu’à 20 % de CO2 de plus que prédit jusqu’à présent. « Cela conduit à une acidification plus importante, en particulier entre 200 et 1 000 mètres de profondeur », explique Jens Terhaar, premier auteur de l’étude. « Des profondeurs représentant des zones de vie importantes pour de nombreux organismes marins. »

Selon Lester Kwiatkowski, ces résultats suggèrent qu’il sera encore plus difficile pour les organismes de l’Arctique de s’adapter à l’acidification des océans.

« La perte d’espèces calcifiantes, dont certaines forment la base de la chaîne alimentaire, pourrait avoir des conséquences dramatiques. Avec un effet domino susceptible de menacer la chaine alimentaire de l’Arctique dans son ensemble, ce qui inclut évidemment les poissons et les mammifères marins », conclut le chercheur.

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