Dans la ville américaine où le bitume peut déjà devenir brûlant, une étude vient de mesurer un effet longtemps soupçonné : les data centers dégagent assez de chaleur pour modifier la température autour d’eux. À Phoenix, cette chaleur invisible remonte jusque dans les rues résidentielles.

Une hausse locale des températures qui pèse directement sur la santé des habitants
Phoenix n’avait pas vraiment besoin d’un nouveau radiateur. En été, la capitale de l’Arizona vit sous un ciel blanc. Ainsi, les journées dépassent régulièrement 40 °C. Surtout, les nuits ne rafraîchissent presque plus les murs. Dans ce décor, quelques degrés de plus ne sont donc pas un détail météo. Au contraire, c’est une affaire de santé publique.
C’est précisément là que des chercheurs de l’Arizona State University ont suivi la piste thermique des centres de données. Leur étude, publiée dans l’ASME Journal of Engineering for Sustainable Buildings and Cities, ne repose pas seulement sur un modèle informatique. En effet, elle s’appuie aussi sur des mesures de terrain, prises autour de bâtiments remplis de serveurs.
Des mesures mobiles révèlent un panache thermique autour des centres de données
Entre juin et octobre 2025, Phoenix ressemble parfois à un four à ciel ouvert. Pourtant, les chercheurs ont choisi cette période extrême pour installer des capteurs de température sur des véhicules. Ensuite, ces voitures ont circulé près des data centers. Puis, elles ont traversé les quartiers voisins.
Les équipes ont donc comparé plusieurs zones urbaines. D’un côté, les secteurs situés sous le vent des installations. De l’autre, des rues moins exposées aux rejets d’air chaud. Ainsi, la chaleur n’a pas été devinée à distance. Au contraire, elle a été suivie presque pas à pas, au ras du bitume.
Le résultat donne un petit frisson, même en plein désert. Dans certains secteurs, les températures près des installations dépassaient de 0,7 à 2,2 °C celles d’autres zones comparables. Autrement dit, une journée déjà écrasante à 48 °C peut localement flirter avec les 50 °C. Pourtant, aucun nuage n’est responsable.
Derrière le cloud, des machines rejettent une chaleur comparable à celle de milliers de foyers
Le mot cloud donne une impression légère, presque vaporeuse. Pourtant, derrière les photos de vacances, le streaming et les calculs d’intelligence artificielle, il existe des hangars pleins de machines. Or ces infrastructures doivent rester fraîches. Pour cela, elles utilisent donc des systèmes de refroidissement puissants, parfois gourmands en eau.
La surprise de l’étude ne tient pas seulement à cette chaleur. Elle tient surtout à son échelle. Selon les chercheurs, la chaleur rejetée par un seul grand centre de données peut dépasser celle produite par 40 000 foyers. Dès lors, ces bâtiments anonymes ressemblent moins à de simples boîtes logistiques.
Le problème devient plus aigu près des quartiers habités. À Phoenix, plusieurs sites étudiés se trouvent justement à proximité de zones résidentielles. Pour les habitants, les effets peuvent donc être très concrets. Les maisons deviennent plus difficiles à refroidir. Les factures grimpent aussi. En plus, l’exposition augmente lors des épisodes de chaleur extrême.
L’essor de l’IA oblige les villes à repenser l’implantation des data centers
La question dépasse largement Phoenix. Avec l’essor de l’intelligence artificielle, les besoins en calcul explosent. En parallèle, les data centers se multiplient aux États-Unis comme ailleurs. De plus, la demande de puissance pourrait encore grimper d’ici 2030. Par conséquent, chaque décision d’implantation devient plus sensible qu’il y a dix ans.
Les chercheurs ne disent pas qu’il faut éteindre Internet, évidemment. Ils invitent plutôt les urbanistes à traiter ces bâtiments comme des infrastructures thermiques. Après tout, routes, parkings et usines façonnent déjà la température des villes. Dès lors, orientation des rejets, végétation, distances avec les logements et récupération de chaleur deviennent des choix décisifs.
Encore faut-il les prévoir avant le chantier. Les données de la NOAA et du National Weather Service rappellent déjà que Phoenix bat des records de chaleur inquiétants. Demain, pourtant, nos IA, nos vidéos et nos archives auront besoin de bâtiments bien réels. Reste alors une question brûlante : où placer cette chaleur que tout un quartier peut ressentir ?
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Étiquettes: intelligence artificielle, data centers, chaleur urbaine
Catégories: Écologie, Actualités