Une baignade, quelques brasses, et une partie de ce qui protège la peau rejoint déjà la mer. Pourtant, certains filtres UV sont aujourd’hui surveillés pour leurs effets sur la vie marine. Dès lors, peut-on vraiment choisir sa crème solaire sans opposer protection de la peau et santé des océans ?

Ce qui disparaît de la peau pendant la baignade ne disparaît pas vraiment dans la mer
Dès l’entrée dans l’eau, le film protecteur appliqué sur la peau ne reste pas totalement à sa place. En effet, certains filtres ultraviolets rejoignent directement le milieu marin pendant la baignade. Par ailleurs, d’autres passent par les eaux usées après la douche, ce qui prolonge leur diffusion. Ainsi, l’EPA américaine les classe parmi les contaminants émergents à surveiller dans les écosystèmes aquatiques.
Parmi les substances les plus étudiées, on retrouve notamment l’oxybenzone, l’octinoxate et l’octocrylène. De plus, des travaux cités par la NOAA indiquent que ces composés peuvent affecter certains organismes marins à des concentrations variables. Toutefois, les chercheurs insistent sur un point essentiel : les effets dépendent fortement des doses et des conditions d’exposition, ce qui complique les conclusions définitives.
Dans un récif corallien, quelques molécules arrivent dans un écosystème déjà sous pression
Un récif corallien ne se résume pas à un simple décor sous-marin. Au contraire, les coraux vivent en symbiose avec des micro-organismes indispensables à leur survie. En laboratoire, certains filtres UV provoquent ainsi des perturbations de la reproduction, du stress cellulaire et parfois du blanchissement. Cependant, les scientifiques cherchent encore à comprendre ces effets dans des conditions naturelles.
Cette incertitude ne réduit pas pour autant l’importance du sujet. En effet, les récifs couvrent une faible surface des océans, mais ils abritent environ 25 % de la biodiversité marine, selon la NOAA. Autrement dit, poissons, crustacés et mollusques en dépendent directement. Ils utilisent ces zones à la fois comme refuge, zone d’alimentation et lieu de reproduction, ce qui les rend essentiels à l’équilibre marin.
Les produits solaires s’ajoutent donc à un contexte déjà fragile. D’une part, le réchauffement des océans, la pollution et les activités humaines fragilisent fortement les coraux. D’autre part, les filtres UV ne représentent qu’un facteur parmi d’autres. C’est précisément cette accumulation de pressions qui explique pourquoi plusieurs autorités adoptent désormais une logique de précaution, afin de limiter les risques cumulés.
Hawaï et Palau ont transformé un débat de laboratoire en véritable choix politique
À Hawaï, le débat scientifique a finalement débouché sur une décision législative. Depuis le 1er janvier 2021, l’État interdit la vente de crèmes contenant de l’oxybenzone ou de l’octinoxate sans prescription. Concrètement, cette mesure vise à réduire la pression sur des récifs coralliens déjà fortement exposés au tourisme et aux activités humaines.
De son côté, Palaos a adopté une approche encore plus stricte. L’archipel a en effet interdit plusieurs ingrédients jugés potentiellement toxiques pour les récifs. Ainsi, cette décision envoie un signal fort à l’échelle internationale. Dans un territoire où tourisme et biodiversité cohabitent étroitement, le choix d’un produit solaire devient alors un acte environnemental concret, et non plus anodin.
Le meilleur choix pour l’océan commence peut-être avant même d’ouvrir le tube
Faut-il pour autant renoncer à la crème solaire ? Absolument pas. L’American Academy of Dermatology recommande au contraire une protection SPF 30 minimum, à large spectre et résistante à l’eau. En complément, elle conseille de combiner cette protection avec des vêtements couvrants et de rechercher l’ombre. De plus, l’application doit être renouvelée après la baignade ou la transpiration pour rester efficace.
Pour limiter l’impact sur les milieux marins, le plus efficace reste donc de réduire l’exposition directe. Par exemple, un tee-shirt anti-UV, un chapeau ou une zone ombragée font une réelle différence. Par ailleurs, le choix du produit compte également. Toutefois, les mentions « respectueux des récifs » ne garantissent pas une innocuité totale, ce qui invite à rester vigilant face aux étiquettes marketing.
Les filtres minéraux comme l’oxyde de zinc ou le dioxyde de titane apparaissent souvent comme une alternative intéressante. Néanmoins, la NOAA rappelle que la taille des particules influence leur impact potentiel, notamment pour les formes nanoparticulaires. Ainsi, entre protection de la peau et protection des océans, la solution dépendra sans doute de formulations mieux étudiées, mais aussi de choix plus éclairés, bien avant le prochain départ à la plage.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Étiquettes: crème solaire, pollution marine, récifs coralliens
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