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Comment le « bleu » et le « vert » étaient perçus de manière très différente dans une communauté isolée

Une étude récente a révélé que l'adoption de termes distincts pour ces couleurs était influencée par l'apprentissage d'une seconde langue

route Bolivie
— Andrew Clifforth / Shutterstock.com

L’étude des langues et de leur influence sur notre perception du monde est un domaine fascinant. Un exemple frappant de cette dynamique est une étude récente réalisée par des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) sur les Tsimane, une communauté indigène isolée de Bolivie. Cette recherche, publiée dans Psychological Science, explore comment l’apprentissage de l’espagnol a modifié leur perception et leur description des couleurs, en particulier le bleu et le vert.

La langue et la perception des couleurs

Les Tsimane utilisent traditionnellement un nombre limité de termes pour décrire les couleurs. Leur vocabulaire inclut des mots pour le noir, le blanc et le rouge, mais seulement deux termes pour les nuances de bleu et de vert. Ces deux couleurs étaient regroupées sous les termes « shandyes » et « yushñus », utilisés de façon interchangeable. Cette approche linguistique reflète une tendance observée dans de nombreuses langues autochtones, où le spectre des couleurs est souvent moins différencié que dans les langues plus répandues comme l’anglais ou l’espagnol.

Néanmoins, l’étude a révélé que les Tsimane bilingues, parlant à la fois leur langue maternelle et l’espagnol bolivien, ont commencé à distinguer le bleu du vert de manière similaire à l’espagnol. Les mots « yushñus » et « shandyes » étaient désormais utilisés de manière distincte pour le bleu et le vert, respectivement, ce qui est cohérent avec la classification de l’espagnol.

« L’apprentissage d’une seconde langue permet de comprendre des idées que l’on ne connaissait pas dans sa première langue », explique Edward Gibson, chercheur en sciences cognitives au MIT. Le fait qu’ils aient commencé à segmenter l’espace couleur en utilisant leur propre terminologie tsimane, de la même manière qu’en espagnol, est également intrigant.

L’expérience de perception des couleurs

Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont mené une expérience impliquant 30 Tsimane bilingues et 71 monolingues. On a demandé aux participants de trier 84 jetons de différentes couleurs et de les nommer dans les deux langues. Cette approche a permis d’évaluer comment les Tsimane percevaient et catégorisaient les couleurs avant et après l’exposition à l’espagnol.

Les résultats ont été révélateurs. Les participants bilingues ont montré une précision accrue dans la nomination des couleurs, même en tsimane. Cette précision accrue était particulièrement évidente dans leur capacité à distinguer le bleu du vert. Les chercheurs estiment qu’il s’agit là d’une illustration de la manière dont les langues peuvent s’influencer mutuellement et dont des notions telles que la couleur peuvent être réarrangées en fonction de la langue.

« Les locuteurs bilingues apprennent une manière différente de diviser l’espace des couleurs, ce qui est très utile dans le monde industrialisé », explique M. Gibson. La capacité de classer les couleurs de cette manière est utile, et ils intègrent une partie de ces informations dans l’espace de signification tsimane.

La portée du bilinguisme

Cette étude souligne l’importance du bilinguisme, non seulement comme un outil de communication, mais aussi comme un moyen d’élargir la compréhension du monde. Pour les Tsimane, l’apprentissage de l’espagnol a ouvert de nouvelles façons de voir et de décrire leur environnement. Cela démontre que les langues façonnent la perception du monde de manière significative.

Selon Saima Malik-Moraleda, étudiante diplômée de l’université Harvard, qui étudie les cerveaux bilingues, « c’est un excellent exemple de l’un des principaux avantages de l’apprentissage d’une deuxième langue, à savoir l’ouverture à une vision du monde et à des concepts différents que l’on peut ensuite importer dans sa langue maternelle ».

Les chercheurs envisagent d’étendre leurs recherches à d’autres communautés isolées pour voir si les tendances observées chez les Tsimane sont universelles. Cela pourrait offrir un aperçu plus profond de la manière dont la langue influence l’interaction avec le monde et enrichir la compréhension de la plasticité cognitive humaine. Par ailleurs, voici 6 tribus qui possèdent des capacités hors du commun que vous rêveriez d’avoir.

Par Eric Rafidiarimanana, le

Source: Science Alert

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