Sur le site de Saint-Paul-lez-Durance, la bobine de champ toroïdal n° 17 du réacteur ITER vient de terminer sa campagne d’essais à froid. Le courant y a atteint 34 kiloampères, exactement la moitié de sa valeur nominale. Ce banc de test sert de répétition générale avant la mise en service des aimants de la fusion nucléaire.

Inauguré en mai 2026 avec la bobine n° 7, le banc d’essai cryogénique d’ITER est le plus grand du monde dans sa catégorie
ITER Organization présente cette installation comme le plus grand banc d’essai d’aimants supraconducteurs au monde. Elle reproduit en miniature l’environnement du tokamak, avec cryogénie, vide, alimentation électrique, lignes d’amenée de courant et contrôle-commande. Ainsi, les équipes testent à la fois les bobines et l’infrastructure qui les fera fonctionner.
La première campagne a débuté en mai 2026 avec la bobine n° 7, refroidie à 4 kelvins puis montée à 10 kiloampères. Des essais en courant continu ont mesuré la résistance électrique des jonctions. Ensuite, des décharges de courant ont permis d’évaluer le système de détection de « quench », qui repère toute perte de supraconductivité.
Une jonction oxydée a retardé la bobine n° 17, finalement montée à 34 kA après une campagne lancée en août 2026
La bobine n° 17, en forme de D et lourde de 330 tonnes, a rejoint le banc après une modification du circuit électrique destinée à supporter des courants plus forts. Son refroidissement jusqu’à 4 kelvins, soit environ moins 269 °C, a pris une dizaine de jours. Cependant, les premiers contrôles ont révélé une résistance anormale dans une jonction d’alimentation.
L’enquête a mis en cause une oxydation sur une surface de contact, selon l’organisation. Après correction, la bobine a été refroidie une seconde fois. Par conséquent, la montée à 34 kA a pu servir à comparer la déformation réelle du bobinage, soumis aux efforts électromagnétiques, aux prévisions du modèle structurel.
Retirée du banc le 30 octobre, la bobine rejoindra le dernier module de secteur de la chambre à vide
Le vendredi 30 octobre 2026, l’aimant a quitté l’installation pour un châssis de transport. Après un court passage en stockage, il sera conduit dans le hall d’assemblage et intégré au module de secteur final de la chambre à plasma.
Adrien Deydier, ingénieur mécanique principal d’ITER, a résumé l’intérêt de l’exercice dans la lettre d’information de l’organisation : selon lui, la campagne a apporté une expérience opérationnelle précieuse aux équipes avant la mise en service intégrée. De plus, chaque anomalie repérée au banc évite une intervention lourde dans la machine.
La bobine de rechange n° 19 sera refroidie en avril 2027 pour viser enfin le courant nominal de 68 kA
La suite concerne la bobine n° 19, fabriquée comme pièce de rechange. Son refroidissement doit commencer en avril 2027, avant un premier palier à 34 kA. En parallèle, les ingénieurs poseront des connexions dites « Paschen-tight », identiques à celles du tokamak, afin d’éprouver l’isolation haute tension par rapport à la masse.
Le banc sera ensuite ouvert pour recevoir une structure de renfort. Celle-ci doit empêcher toute déformation lorsque l’aimant atteindra enfin 68 kA. Des essais de marge en température suivront, avec un échauffement volontaire de certaines zones afin de déclencher une perte de supraconductivité et vérifier les tolérances.
Enfin, l’installation sera reconfigurée pour accueillir la bobine de champ poloïdal n° 1, de forme annulaire. Au total, le système magnétique d’ITER réunit 18 bobines toroïdales, six bobines poloïdales et un solénoïde central. Chaque campagne réussie réduit donc l’incertitude d’un chantier dont le calendrier reste suivi de près par les sept membres du projet.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Étiquettes: fusion nucléaire, Iter
Catégories: Actualités, Sciences physiques