Au-dessus de l’Arctique, les vents de la stratosphère se sont effondrés en quelques jours fin octobre 2026. Les modèles annoncent une possible inversion vers le 10 novembre, ce qui constituerait le réchauffement stratosphérique majeur le plus précoce jamais répertorié. Encore faut-il comprendre ce que mesure ce critère et pourquoi un froid en France n’a rien d’automatique.

Le vent mesuré à 60° nord et 10 hectopascals est tombé de 22 à 5 mètres par seconde entre le 25 octobre et le 2 novembre
Le vortex polaire stratosphérique est un anneau de vents d’ouest qui tourne autour du pôle, dans la stratosphère, vers 30 kilomètres d’altitude. Il se renforce normalement à l’automne, quand la nuit polaire refroidit l’Arctique. Ainsi, son affaiblissement brutal surprend.
Selon les séries de la NASA Ozone Watch, le vent moyen à 60° nord est passé de 22,13 m/s le 25 octobre à 5,44 m/s le 2 novembre. La moyenne pour cette date avoisine 25,6 m/s, et le précédent minimum était de 13,7 m/s. Par conséquent, le vortex se trouve déjà hors de toute référence connue pour la saison.
Le 4 novembre, le Met Office britannique a décrit un vortex étiré, perturbé par des ondes venues de deux directions opposées. Cette configuration dite « onde 2 » favorise une séparation en deux lobes. En parallèle, la stratosphère se réchauffe au-dessus du pôle.
Une inversion vers le 10 novembre battrait les épisodes de fin novembre 1958 et 1968 recensés par la NOAA
Un réchauffement stratosphérique soudain devient « majeur » quand ce vent moyen à 60° nord passe d’ouest en est. Or, plusieurs membres de l’ensemble du CEPMMT (ECMWF) prévoient cette inversion entre le 9 et le 11 novembre. Le Met Office la juge toutefois faible et brève, sans certitude qu’elle survienne.
Le compendium de la NOAA, qui couvre les réanalyses depuis la fin des années 1950, place les épisodes les plus précoces le 30 novembre 1958 et entre le 27 et le 29 novembre 1968. Dès lors, une inversion confirmée mi-novembre gagnerait plus de deux semaines. Cependant, ce record ne vaut que pour cette base, arrêtée à 2023.
Le CPC de la NOAA a qualifié le phénomène de perturbation « rare » le 30 octobre. Il anticipait aussi une oscillation arctique négative, signe de flux d’ouest affaiblis en surface, avec des effets possibles pendant deux mois.
L’éventuelle descente de l’anomalie vers la surface prendrait de deux à six semaines, sans garantir vague de froid ni neige
Un tel réchauffement n’agit sur le temps quotidien que si l’anomalie descend dans la troposphère. Selon le Met Office, ce couplage se construit en général sur deux à six semaines, et il ne se produit pas à chaque épisode. Ainsi, les premiers effets éventuels ne viendraient pas avant fin novembre ou décembre.
Quand le couplage fonctionne, le courant-jet ralentit et ondule davantage. L’air arctique peut alors descendre sur l’Amérique du Nord, l’Europe ou la Sibérie, selon la position des lobes.
Face à un El Niño puissant, la prévision saisonnière garde un hiver plutôt doux comme scénario principal
Le vortex n’est pas seul à piloter la saison. En effet, le CPC donnait le 8 octobre plus de 83 % de chances à un El Niño fort à très fort pour janvier-mars 2027. Avec le dipôle de l’océan Indien, il pèse sur les grandes circulations.
Météo-France privilégiait un trimestre novembre-janvier plus doux que la normale, sans exclure des épisodes froids. Aucun organisme cité ne prévoit de vague de froid généralisée sur l’Europe. Finalement, la mi-novembre dira si l’inversion se confirme et si l’atmosphère basse prend le relais.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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