Aller au contenu principal

Au nord du Danemark, l’église de Skagen a été rendue au sable en 1795, mais sa tour blanchie domine encore les dunes

À la pointe du Jutland, une tour blanche émerge seule d’un paysage de sable et de pins. Elle constitue le dernier vestige de l’église Saint-Laurent, abandonnée en 1795 après des décennies de lutte contre les dunes. Retour sur un épisode qui raconte la grande crise du sable mobile au Danemark.

Tour d'église médiévale blanchie à la chaux avec un toit à redents, dressée seule au milieu de dunes de sable clair et de pins, sous un ciel nordique pâle
La tour blanchie est le dernier vestige de l’église Saint-Laurent de Skagen, fermée en 1795. Le sable mobile a recouvert le reste de l’édifice. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Bâtie à la fin du XIVe siècle puis allongée vers 1450, l’église Saint-Laurent comptait parmi les plus longues du Vendsyssel

Selon l’agence danoise de la nature, la Naturstyrelsen, le sanctuaire existait depuis au moins 25 ans lorsque Skagen a reçu ses droits de ville en 1413. Il se dressait isolé, à mi-chemin entre le hameau de pêcheurs de Reven et le manoir de Lundholm.

Peu après 1450, la nef a été prolongée vers l’ouest et dotée d’un clocher. Avec environ 45 mètres de longueur, l’église figurait dès lors parmi les plus longues de la région. Elle possédait aussi une sacristie et un porche.

Cependant, ses murs de briques rouges ne dépassaient guère 5 mètres, si bien que l’intérieur voûté paraissait bas et étiré.

Défrichement et tempêtes du petit âge glaciaire ont lancé une marée de sable qui atteint l’enceinte de l’église en mai 1775

Le danger ne venait pas d’une seule dune. Selon le musée côtier de Skagen, les habitants ont abattu une grande partie de la végétation pour se chauffer pendant le petit âge glaciaire. Privées de cette protection, les plages ont alors livré leur sable fin aux tempêtes, qui l’ont projeté sur les champs et les maisons.

Dès le XVIe siècle, ce sable volant gagne la paroisse, dont la partie sud est ravagée. Au XVIIIe siècle, la ville traverse en outre une récession qui rend l’entretien de l’église difficile. Selon la Naturstyrelsen, le sable atteint finalement le mur du cimetière en mai 1775.

Ensuite, les amas grossissent autour du bâtiment, tandis que les réparations se multiplient.

Fermée avec l’accord du roi en 1795, l’église a été vendue pour ses briques, tandis que sa tour était conservée comme amer

En 1795, le roi autorise la fermeture du lieu de culte. Les murs de la nef, du chœur, de la sacristie et du porche sont vendus pour être démolis et réutilisés. Toutefois, les dunes accumulées gênent le chantier, si bien que des pans de mur subsistent sous le sable jusqu’à 3 mètres de hauteur.

En revanche, la tour est épargnée pour servir de repère aux navigateurs sur cette côte dangereuse. En 1816, l’administration des phares la reprend et la fait blanchir à la chaux. Par ailleurs, le sable recouvre aujourd’hui l’ancien sol de l’église sur 4 à 5 mètres d’épaisseur.

La ville a attendu 1841 pour disposer d’une nouvelle église, signée C. F. Hansen, où sont conservés le nœud doré du calice médiéval et deux chandeliers de 1598. Enfin, la tour est protégée comme monument depuis 1903.

Le Råbjerg Mile, souvent désigné comme coupable, n’est qu’un vestige de cette époque situé à une quinzaine de kilomètres

L’ensablement est souvent attribué au Råbjerg Mile, la plus grande dune mobile du pays. Cependant, cette masse de sable se trouve plus au sud, entre Skagen et Frederikshavn, et elle n’a jamais recouvert le site de l’église. Elle constitue plutôt un témoin du même phénomène régional.

En effet, la dune s’est formée sur la côte ouest au cours de la période du sable volant, puis elle a migré vers l’est. Aujourd’hui, elle progresserait d’une quinzaine de mètres par an en moyenne. Ainsi, l’église et la dune racontent la même histoire, celle d’un littoral que seules les plantations ont fini par fixer.

Par Eric Rafidiarimanana, le

Étiquettes: ,

Catégories:

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *