Dans le massif norvégien du Jotunheimen, la plaque de glace de Juvfonne abrite un tunnel ouvert au public depuis 2010. Ses parois conservent la plus ancienne glace datée de Norvège continentale. Autour, la fonte des glaciers expose des vestiges de chasse que l’archéologie glaciaire tente de sauver avant leur disparition.

Le Klimapark 2469 emprunte son nom au Galdhøpiggen et conduit les visiteurs jusqu’à une plaque perchée à 1 850 mètres
Le parc doit son nom à l’altitude du Galdhøpiggen, point culminant du pays avec 2 469 mètres. Ainsi, le chiffre rappelle d’emblée que tout se joue ici en haute montagne. Le site lui-même se trouve plus bas, sur le plateau de Juvass, où la plaque de Juvfonne s’étend vers 1 850 mètres d’altitude.
Les travaux du tunnel ont commencé en mai 2010. Selon le programme d’archéologie glaciaire du comté d’Innlandet, des guides de haute montagne français ont d’abord taillé la galerie au piolet spécialisé. Ensuite, en juin, l’artiste norvégien Peder Istad en a sculpté l’intérieur et installé un éclairage LED, avant l’ouverture au public le 22 juin.
Une étude parue dans The Cryosphere en janvier 2017 date la base de la plaque à environ 7 600 ans avant le présent
Entre 2009 et 2015, une équipe menée par Rune Strand Ødegård a suivi la plaque pendant six ans. Les couches organiques et les aérosols carbonés piégés dans la glace claire ont été datés au radiocarbone, notamment à l’Institut Paul Scherrer, en Suisse. Résultat : des âges allant de l’actuel en surface à environ 7 600 ans au fond.
Cette valeur, exprimée en années calibrées avant le présent, correspond au milieu du VIe millénaire avant notre ère. Par conséquent, Juvfonne existe sans interruption depuis la fin du Mésolithique. De plus, des tapis de mousse apparus en 2014 sur ses bords avaient été recouverts par la glace il y a environ 2 000 ans, signe d’un recul inédit depuis cette époque.
Repérés en 2007 par un éleveur de rennes, bâtons effaroucheurs et affûts de pierre racontent une chasse organisée
En août 2007, l’éleveur de rennes Jan Stokstad a signalé de nombreux bâtons plantés et des abris de pierre dégagés par la fonte. Ces bâtons effaroucheurs, alignés en barrière, empêchaient les animaux d’atteindre la glace où ils cherchaient la fraîcheur. Dès lors, les chasseurs embusqués derrière les affûts maçonnés tiraient à l’arc à quelques mètres.
Douze échantillons datés durant l’hiver 2007-2008 situent ces chasses aux Ve et VIe siècles, puis à l’époque viking. En 2010, l’équipe a encore récupéré 58 bâtons supplémentaires sur les marges fraîchement découvertes. Ainsi, Juvfonne est devenu un terrain d’essai pour estimer le volume de vestiges menacés.
Les 48 flèches mises au jour en 2026 à Kvitingskjølen montrent l’urgence de collecter avant que la glace ne disparaisse
Au cours de la campagne de terrain 2026, le programme Secrets of the Ice a récupéré 48 flèches sur trois plaques voisines, Langfonne, Storfonne et Hanklefonne. Ces sites se trouvent dans le Jotunheimen, mais distincts de Juvfonne. Une pointe en ardoise encore fixée à sa hampe en bois aurait entre 5 000 et 6 000 ans, selon une estimation par comparaison typologique.
Par ailleurs, depuis 2006, le programme a documenté 73 sites et plus de 5 000 objets. Cependant, une fois libérés, le bois, le cuir et les plumes se dégradent en quelques saisons. Le tunnel de Juvfonne joue donc un double rôle, vitrine pédagogique et rappel concret d’une mémoire glaciaire qui s’efface plus vite que les équipes ne peuvent la recueillir.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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