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Après 60 ans, le moral tient mieux que celui des jeunes adultes, mais la science incite à se méfier des remèdes simples

Longtemps, les économistes ont décrit un creux du bien-être au milieu de la vie, suivi d’une remontée. Des données récentes montrent que ce schéma s’efface, surtout parce que la santé mentale des jeunes se dégrade. Ce que la recherche établit sur l’âge, les liens et la gratitude mérite pourtant d’être distingué des simples conseils.

Deux tasses de thé, un album photo ouvert et une paire de lunettes posés sur une table de jardin en bois baignée de lumière de fin d'après-midi
Les liens sociaux figurent parmi les facteurs de bien-être les mieux établis après 60 ans. Les exercices de gratitude, eux, ont des effets plus modestes que prévu. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

La courbe du bonheur en U s’efface depuis le début des années 2010, sous l’effet du mal-être croissant des jeunes adultes

Pendant des années, de nombreuses enquêtes suggéraient un bien-être élevé à 20 ans, au plus bas vers la cinquantaine, puis en hausse. L’économiste David Blanchflower, du Dartmouth College, a largement documenté ce schéma, considéré comme une régularité des sciences sociales. Pourtant, d’autres spécialistes en contestaient déjà la robustesse.

En août 2025, avec Alex Bryson et Xiaowei Xu, il publie dans PLOS One une analyse qui remet en cause cette forme. À partir des données Global Minds, couvrant 44 pays de 2020 à 2025, le mal-être déclaré baisse désormais avec l’âge. Selon les auteurs, la rupture vient de la détresse des jeunes, et non d’un regain spectaculaire chez les aînés.

Selon la théorie de Laura Carstensen, un horizon de vie plus court pousse à privilégier les relations et le sens

À Stanford, la psychologue Laura Carstensen a formalisé en 1999, dans la revue American Psychologist, la théorie de la sélectivité socio-émotionnelle. Quand le temps restant paraît limité, les objectifs émotionnels prennent le pas sur l’exploration et l’accumulation de savoirs. Ainsi, les personnes âgées investissent davantage un cercle restreint de proches.

Son équipe a également décrit un effet de positivité : en moyenne, les seniors prêtent plus d’attention aux informations agréables et les retiennent mieux. Cependant, il s’agit d’une tendance statistique, observée surtout en laboratoire, qui ne concerne pas chaque individu. De plus, la maladie, la précarité ou un deuil peuvent la contrarier fortement.

Les liens sociaux comptent parmi les prédicteurs les plus solides, de l’étude de Harvard à la méta-analyse de 2010

Lancée en 1938, l’étude Harvard sur le développement adulte suit des hommes, puis leurs descendants, depuis plus de huit décennies. Selon ses responsables, la satisfaction relationnelle à 50 ans prédisait mieux l’état de santé à 80 ans que le taux de cholestérol. Il s’agit toutefois d’une cohorte d’observation, qui établit des associations.

En 2010, la chercheuse Julianne Holt-Lunstad (Brigham Young University) a publié dans PLOS Medicine une méta-analyse de 148 études et plus de 300 000 participants. Les personnes les mieux entourées présentaient une probabilité de survie supérieure d’environ 50 % pendant le suivi. Par ailleurs, l’ampleur de cet effet rivalise avec celle de facteurs de risque comme le tabac.

Tenir un journal de gratitude aide peu face à la dépression, et une tristesse durable justifie un avis médical

La gratitude est souvent présentée comme une clé du bonheur. En 2021, David Cregg et Jennifer Cheavens, chercheurs à Ohio State University, ont réuni 27 essais et 3 675 participants dans le Journal of Happiness Studies. Leur conclusion : l’effet sur les symptômes dépressifs et anxieux reste faible, à peine supérieur à celui d’exercices d’écriture neutres.

En revanche, les programmes structurés de pleine conscience obtiennent, selon plusieurs synthèses, un bénéfice modéré contre l’anxiété et les symptômes dépressifs. Surtout, la dépression du sujet âgé reste souvent méconnue, car ses signes sont attribués à tort au vieillissement.

Dès lors, une tristesse persistante, une perte d’intérêt ou un repli sur soi doivent conduire à consulter son médecin traitant, qui pourra orienter vers un spécialiste. L’âge apporte en moyenne une certaine sérénité, sans jamais en offrir la garantie.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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