Les Homo sapiens ont quitté l’Afrique voici 70 000 à 60 000 ans environ, mais ne se sont durablement installés en Eurasie que vers 45 000 ans. Entre ces deux dates, leur localisation restait floue, malgré de nouveaux indices de cette sortie. Une étude parue dans Nature Communications désigne le plateau perse comme base arrière probable.

Entre 70 000 et 45 000 ans avant notre ère, un vide de 20 000 ans intriguait les spécialistes de la préhistoire
Les données génétiques, fossiles et archéologiques convergent. La vague de migration dont descendent tous les non-Africains actuels a quitté le continent africain voici 60 000 à 70 000 ans. D’autres groupes étaient partis plus tôt, mais leurs lignées semblent s’être éteintes ou avoir peu contribué aux populations actuelles.
Cependant, l’installation stable d’Homo sapiens en Europe et en Asie n’apparaît que vers 45 000 ans. Ainsi, environ 20 000 ans séparent la sortie d’Afrique de la grande expansion eurasienne. Pendant cette période, les ancêtres des Eurasiens ont aussi croisé les Néandertaliens, présents jusque dans les déserts d’Arabie.
En 2024, une équipe a croisé génomes anciens et modernes avec des modèles climatiques pour localiser ce foyer
En mars 2024, une équipe internationale menée par Leonardo Vallini et Luca Pagani, de l’université de Padoue, avec Michael Petraglia, de l’université Griffith, a publié ses travaux dans Nature Communications. Les chercheurs ont analysé des génomes anciens et actuels pour repérer la trace génétique de cette population d’attente. Ils ont ensuite confronté ces résultats à des modèles paléoclimatiques.
D’après leurs analyses, les habitants actuels du plateau perse conservent une signature génétique très proche de celle de cette population fondatrice. De plus, les modèles écologiques montrent que la région offrait des conditions favorables à l’installation humaine durant cette période.
Situé à l’est des monts Zagros, le plateau perse pouvait nourrir une population plus nombreuse que ses voisins
Le plateau perse s’étend de l’est des monts Zagros, en Iran, jusqu’à l’Afghanistan et au Pakistan actuels. Selon les modèles, il présentait une mosaïque d’habitats et de ressources capable de nourrir davantage d’habitants que les régions voisines d’Asie de l’Ouest. Par ailleurs, sa position centrale en faisait un point de départ idéal vers l’Europe comme vers l’Asie de l’Est.
Les auteurs décrivent donc ce territoire comme un carrefour, où les ancêtres des non-Africains auraient vécu plusieurs millénaires. Ensuite, des vagues successives de migrants en seraient parties pour coloniser l’Eurasie, à partir d’environ 45 000 ans.
Faute de fossiles, l’hypothèse du plateau perse reste à confirmer par des fouilles sur le terrain iranien
Ces résultats reposent toutefois sur des inférences génétiques et des modélisations. En effet, les fossiles humains de cette période restent très rares en Iran, et les sites archéologiques datés sont peu nombreux. Les chercheurs eux-mêmes appellent à multiplier les fouilles dans la région.
De plus, d’autres zones d’Asie de l’Ouest ont pu servir de refuges ou de points de passage, et le scénario n’exclut pas des échanges entre plusieurs foyers. Dès lors, le plateau perse apparaît comme une piste solide, mais pas encore comme une certitude. Les prochaines découvertes de terrain diront si ce berceau eurasien correspond bien à la réalité.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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