
Il n’y a qu’un cheveu sur la tête à Mathieu, et il n’y avait apparemment qu’une dent sur la mâchoire de l’un des plus anciens représentants de notre lignée, établi dans ce qui est aujourd’hui la Géorgie il y a un peu moins de 2 millions d’années.
Chicot unique
Les plus anciens témoignages fossiles d’humains hors d’Afrique proviennent de Dmanissi, où plusieurs crânes aux caractéristiques archaïques, datés de 1,85 à 1,77 million d’années, ont été mis au jour. Toutefois, la classification de ces spécimens géorgiens reste discutée : si certains scientifiques les attribuent à une espèce à part entière, nommée Homo georgicus, d’autres estiment qu’il s’agirait d’une population distincte d’Homo erectus.
En 2005, l’étude de l’un de ces crânes avait révélé une résorption claire des alvéoles dentaires et un remodelage profond de l’os de la mâchoire associé, indiquant que l’individu préhistorique avait vécu pendant une période prolongée avec une seule et unique dent. Si, à ce jour, la cause de cette perte généralisée demeure obscure, elle pourrait être liée à son âge avancé, ou être la conséquence d’une grave affection parodontale.
De façon également intrigante, à proximité du spécimen édenté, l’équipe avait découvert des os d’animaux présentant des signes clairs de boucherie. Avec une dentition aussi amoindrie, on suppose que cet humain archaïque aurait survécu en consommant essentiellement des tissus mous, notamment cérébraux, et de la moelle osseuse, ainsi que des végétaux tendres.

Pas de dents, pas de problème ?
Des preuves paléontologiques et archéologiques ayant suggéré un niveau de coopération remarquable au sein des communautés préhistoriques de l’époque, supérieur à celui observé chez les primates non humains actuels, il a ensuite été supposé que l’individu de Dmanissi n’aurait pu survivre aussi longtemps sans le soutien étroit de ses semblables.
Une hypothèse remise en question en 2020, suite à l’observation d’un bonobo sauvage appelé Sting. Ne possédant plus une seule quenotte, celui-ci a vécu de longues années sans consommer de fruits mous ou bénéficier d’un « coup de pouce » des autres membres de son groupe.
Aussi rares soient les preuves de survie prolongée chez les primates édentés, celles-ci démontrent l’adoption de stratégies alimentaires alternatives, ne nécessitant que peu, ou pas, de mastication, et que l’humain préhistorique de Dmanissi, à la santé bucco-dentaire désastreuse, aurait pu continuer à subvenir à ses propres besoins.
Courant 2026, des chercheurs avaient identifié les plus anciennes preuves de soins dentaires, attribuées à des Néandertaliens.