Inauguré en 1908, le chemin de fer du Hedjaz devait relier Damas aux villes saintes de l’islam en quelques jours seulement. Financée en grande partie par les dons des fidèles, la ligne n’a pourtant fonctionné normalement qu’une dizaine d’années. Ses gares abandonnées jalonnent encore le désert saoudien.

Lancé en 1900 par le sultan Abdülhamid II, le projet ferroviaire visait autant le pèlerinage que le contrôle de l’Arabie
En 1900, le sultan ottoman Abdülhamid II, qui porte aussi le titre de calife, annonce la construction d’une ligne entre Damas et La Mecque. Officiellement, il s’agit de faciliter le pèlerinage à La Mecque, obligation religieuse majeure de l’islam. Cependant, le projet sert aussi à renforcer l’autorité d’Istanbul sur des provinces arabes lointaines et difficiles à tenir.
Pour le financer, le sultan lance un appel aux musulmans du monde entier. Ainsi, des dons arrivent d’Égypte, de Perse ou encore de l’Inde, complétés par des fonds publics et une taxe spéciale. Cette souscription internationale permet à l’empire de bâtir la ligne sans recourir aux emprunts étrangers qui grevaient déjà ses finances.
Sous la direction de l’ingénieur allemand Heinrich August Meissner, les rails ont atteint Médine le 1er septembre 1908
Le chantier est confié à l’ingénieur allemand Heinrich August Meissner, recruté grâce aux liens étroits entre Berlin et l’Empire ottoman. Les ouvriers posent une voie à écartement étroit de 1 050 millimètres, plus économique et plus rapide à installer.
Chaleur, manque d’eau et hostilité de certaines tribus compliquent pourtant le chantier. Malgré tout, le train entre en gare de Médine le 1er septembre 1908, date choisie pour célébrer l’anniversaire du règne d’Abdülhamid II. Au total, la ligne principale mesure environ 1 300 kilomètres, comme d’autres lignes hors norme bâties à la même époque en terrain hostile.
Par ailleurs, le gain de temps est spectaculaire. Le voyage de Damas à Médine, qui demandait environ quarante jours en caravane, ne prend plus que quelques jours en train.
La ligne ne dépassera jamais Médine, et la révolte arabe de 1916 en fera une cible prioritaire pour les saboteurs
Le prolongement vers La Mecque, à environ 400 kilomètres plus au sud, ne verra jamais le jour. Ensuite, la Première Guerre mondiale change radicalement le rôle de la ligne. L’Empire ottoman, allié de l’Allemagne, l’utilise pour ravitailler ses garnisons d’Arabie, notamment celle de Médine.
En 1916, la révolte arabe éclate contre la domination ottomane avec le soutien du Royaume-Uni. L’officier britannique T. E. Lawrence et les combattants du chérif de La Mecque multiplient alors les raids contre la voie. Ponts dynamités, rails arrachés et convois attaqués finissent par paralyser durablement le trafic vers le sud.
Plus d’un siècle après, des gares et des locomotives rouillées témoignent encore de la ligne dans le désert saoudien
Après la guerre, l’empire disparaît et la ligne se retrouve partagée entre plusieurs États. Plusieurs projets de remise en état sont étudiés jusque dans les années 1970, sans jamais aboutir au sud de la frontière jordanienne. Dès lors, le tronçon saoudien est laissé à l’abandon, à l’image d’autres voies ferrées délaissées à travers le monde.
En revanche, certaines portions syriennes et jordaniennes ont continué à servir, en particulier autour d’Amman. En Arabie saoudite, des gares en pierre, des wagons renversés et des locomotives rongées par la rouille ponctuent toujours le paysage. La gare de Médine, restaurée, accueille quant à elle un musée consacré à la ligne.
Ainsi, ces vestiges rappellent combien ce grand projet impérial a été rattrapé par la guerre, puis par l’effondrement de l’empire qui l’avait porté.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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