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En Camargue, un violent orage a fait perdre 250 tonnes de fleur de sel aux producteurs d’Aigues-Mortes

Sous le soleil de Camargue, des milliers de tonnes de sel naissent lentement de l’évaporation de l’eau de mer. Pourtant, le 25 juillet 2026, quelques heures de pluie ont bouleversé cette mécanique naturelle. Comment un simple orage a-t-il pu compromettre une récolte aussi précieuse ?

Un saunier observe les bassins de sel inondés à Aigues-Mortes, en Camargue, sous un ciel orageux, après de fortes pluies.
Illustration des salins d’Aigues-Mortes après un violent orage : le 25 juillet 2026, près de 80 mm de pluie ont provoqué la perte de 250 tonnes de fleur de sel en Camargue – DailyGeekShow.com / Image Illustration

À Aigues-Mortes, un immense paysage blanc cache une industrie vieille de plusieurs siècles

À quelques kilomètres des remparts médiévaux d’Aigues-Mortes, le paysage semble appartenir à une autre planète. Des étendues roses côtoient d’impressionnantes montagnes blanches, sous le regard des flamants. Ce décor spectaculaire abrite pourtant une activité bien réelle : la production de sel marin, pratiquée en Camargue depuis l’Antiquité, bien avant l’apparition des installations modernes.

Dans ces vastes bassins, le soleil et le mistral accomplissent l’essentiel du travail. L’eau de mer s’évapore progressivement, jusqu’à permettre la formation des cristaux. Le site produit habituellement près de 240 000 tonnes de sel par an. Mais cette impressionnante production repose sur un équilibre météorologique étonnamment fragile, particulièrement pendant l’été.

Le 25 juillet, une pluie torrentielle vient bouleverser des semaines de patience et de travail

Le 25 juillet 2026, le ciel change brutalement de visage. En quelques heures, près de 80 millimètres de pluie s’abattent sur les bassins. Pour les vacanciers, ce n’est qu’un violent épisode orageux. Pour les sauniers, c’est une catastrophe : l’eau douce vient diluer la saumure indispensable à la cristallisation.

La fleur de sel est particulièrement vulnérable. Contrairement au gros sel, elle apparaît sous forme d’une délicate pellicule de cristaux à la surface de l’eau, lorsque les conditions sont favorables. Une modification de la concentration saline suffit à interrompre sa formation. Impossible, alors, de poursuivre normalement cette récolte minutieuse réalisée à la main.

Selon Alain Berthelot, responsable de production interrogé par Objectif Gard, les équipes ont dû évacuer l’eau excédentaire et restaurer la salinité des bassins. La récolte a finalement repris en août. Le bilan avancé atteint 250 tonnes de fleur de sel perdues. Une quantité considérable pour un produit dont la production dépend directement des conditions naturelles.

Derrière chaque grain de fleur de sel, un savoir-faire que les machines ne remplacent pas

La fabrication du sel paraît presque magique, mais elle obéit à des règles physiques précises. Plus l’eau s’évapore, plus les sels dissous se concentrent. Lorsque les conditions deviennent favorables, les cristaux apparaissent. La fleur de sel exige une attention particulière : sa récolte manuelle demande des gestes délicats et une connaissance approfondie des bassins.

Ce savoir-faire possède désormais une reconnaissance officielle. Depuis février 2024, la dénomination « Sel de Camargue / Fleur de sel de Camargue » bénéficie d’une IGP, selon l’Institut national de l’origine et de la qualité. Cette distinction protège un produit lié à son territoire, mais elle ne peut évidemment pas le protéger des caprices du ciel.

Au-delà des récoltes perdues, la Camargue cherche aussi à réinventer son avenir naturel

L’orage rappelle combien les activités humaines restent dépendantes des équilibres naturels. Pourtant, la Camargue expérimente également une autre manière de vivre avec ses paysages. Entre 2008 et 2012, 6 527 hectares d’anciens salins ont été acquis par le Conservatoire du littoral, principalement près de Salin-de-Giraud, afin de restaurer les milieux lagunaires.

Sur ces territoires, certaines digues ne sont plus entretenues comme autrefois. L’objectif consiste notamment à redonner davantage de liberté à l’eau, tout en favorisant les habitats naturels. Le Parc naturel régional de Camargue, la Tour du Valat et la Société nationale de protection de la nature participent à cette gestion particulière.

L’enjeu dépasse largement les marais salants. Selon l’INAO, les lagunes du salin d’Aigues-Mortes accueillent plus de 200 espèces d’oiseaux. Entre activité économique, biodiversité et montée du niveau marin, ce territoire doit composer avec plusieurs impératifs. Une réalité fascinante : là où quelques heures de pluie peuvent bouleverser une récolte, l’avenir du littoral se joue sur plusieurs décennies.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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