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En France, l’arrachage massif des haies a profondément changé la façon dont la pluie pénètre les sols

Et si l’arrachage d’une simple haie pouvait modifier le trajet de milliers de litres d’eau ? Depuis 1950, la France a perdu 70 % de son linéaire bocager. Derrière cette disparition spectaculaire se cache une transformation beaucoup moins visible : celle du chemin emprunté par la pluie.

Haie bocagère séparant une prairie d’un champ boueux parcouru par des eaux de ruissellement après une forte pluie.
Dans les paysages agricoles, les haies peuvent ralentir l’écoulement de l’eau, favoriser l’infiltration et limiter l’érosion des sols après les pluies – DailyGeekShow.com / Image Illustration

En quelques décennies, la France a démonté une gigantesque architecture végétale

Après la Seconde Guerre mondiale, la campagne française entre dans l’ère du tracteur. Les petites parcelles entourées de talus et de haies deviennent gênantes pour les machines. Le remembrement rassemble alors les terres et redresse les chemins. Peu à peu, il efface ce vieux puzzle rural. Le bocage recule, souvent au nom d’une agriculture plus productive.

L’ampleur surprend encore aujourd’hui. Selon le CGAAER, organisme rattaché au ministère de l’Agriculture, environ 70 % des haies présentes en 1950 ont disparu. Et le mouvement ne concerne pas seulement le passé. Entre 2017 et 2021, la perte nette aurait atteint environ 23 500 kilomètres par an.

Sous les branches et les racines se cachait un discret système de ralentissement de l’eau

Une haie n’est pas une simple clôture végétale posée au bord d’un champ. Ses racines, la végétation à son pied et parfois le talus forment une zone particulière. L’eau y rencontre davantage d’obstacles. Le ruissellement ralentit et le sol dispose de plus de temps pour absorber une partie des précipitations.

Ce mécanisme paraît modeste sur quelques mètres. Pourtant, répété sur des milliers de parcelles, il modifie la circulation de l’eau à l’échelle d’un bassin-versant. INRAE souligne aussi le rôle des haies contre l’érosion des sols. Elles peuvent limiter le transport de terre, de phosphore ou de résidus vers les rivières.

Leur effet n’est toutefois pas magique. Il dépend de la pente, du sol, de la nappe et de la position de la haie. Le bilan hydrique varie donc selon les situations. Les arbres consomment également de l’eau. Mais leur présence crée souvent une rugosité et un réseau racinaire qui freinent les écoulements trop rapides.

Quand le bocage s’efface, une averse peut traverser le paysage beaucoup plus rapidement

Imaginez deux parcelles sous la même pluie. Dans la première, plusieurs haies recoupent la pente. Dans la seconde, les champs ont fusionné en une vaste surface ouverte. L’eau peut alors parcourir une distance bien plus grande sans rencontrer d’obstacle. Le phénomène s’accentue lorsque le sol est nu, compacté ou déjà saturé.

Les conséquences dépassent la simple flaque au bout du champ. Davantage de ruissellement peut emporter de la terre et charger les rivières en sédiments. Il peut aussi réduire localement l’infiltration. Le paysage devient une variable hydrologique. Supprimer une haie revient parfois à retirer un petit frein dont l’utilité apparaît surtout lors des fortes pluies.

Replanter des kilomètres de haies est devenu un chantier agricole autant qu’hydrologique

La prise de conscience a fini par gagner les politiques publiques. Avec le programme « Plantons des haies », France Relance avait fixé un objectif de 7 000 kilomètres de haies et d’alignements agroforestiers. Fin 2022, plus de 5 500 kilomètres de plantations étaient prévus dans le cadre de plus de 4 000 projets soutenus.

Le problème ressemble pourtant à une baignoire dont le robinet coule tandis que la bonde reste ouverte. Les plantations avancent, mais la disparition du réseau existant demeure importante. Le CGAAER estimait encore le linéaire français à 1,55 million de kilomètres. Il constatait pourtant une diminution continue, malgré les programmes de protection et de plantation.

Restaurer une haie ne consiste donc pas seulement à remettre des arbres dans le décor. Il faut choisir son emplacement et reconnecter les éléments déjà présents. Il faut aussi laisser aux racines le temps de transformer le sol. À l’heure des sécheresses et pluies intenses, une question demeure : combien de haies faudra-t-il reconstruire pour rendre nos campagnes plus perméables ?

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