Une nuit de novembre 1888, des milliers de moutons se sont mis à courir en même temps dans l’Oxfordshire. Aucun prédateur, aucun signal visible n’expliquait cette panique soudaine. Plus d’un siècle après, les scientifiques cherchent encore une explication convaincante à cet épisode resté mystérieux.

Dans l’Oxfordshire, des dizaines de milliers de moutons ont paniqué simultanément la nuit du 3 novembre 1888
Le 3 novembre 1888, vers 20 heures, l’Oxfordshire bascule dans une agitation inexplicable. Soudain, des dizaines de milliers de moutons se mettent à courir sans prédateur visible. Pourtant, aucune cause immédiate n’apparaît sur le moment. La zone touchée couvre environ 518 km² de campagne anglaise.
Le Times of London révèle l’affaire le 20 novembre 1888, plusieurs semaines après les faits. Ce quotidien britannique décrit une panique soudaine touchant les élevages au nord, à l’est et à l’ouest de Reading. D’ailleurs, cette agitation collective frappe un territoire entier, pas un simple troupeau isolé.
Clôtures détruites et troupeaux dispersés sur des kilomètres après cette nuit de panique collective
Cette nuit de panique laisse des traces bien concrètes sur le terrain. Les moutons, saisis d’une terreur incontrôlable, défoncent les clôtures qui délimitent leurs pâturages. Ils piétinent au passage des champs entiers, sans que rien ne les arrête.
Certains animaux se retrouvent à plusieurs kilomètres de leur enclos d’origine. Complètement désorientés, ils se dispersent aux quatre coins de la campagne anglaise. Le Times évoque une nuit intensément sombre, ponctuée d’éclairs occasionnels, pour expliquer ce chaos. Mais cette piste peine à justifier un effet aussi massif.
En 1893, le même phénomène frappe à nouveau l’Oxfordshire et pousse un ornithologue à enquêter
L’épisode de 1888 aurait pu rester un accident isolé. Mais en 1893, la même région connaît un nouvel épisode de panique collective. Les circonstances, cette fois, sont suffisamment proches pour alerter un ornithologue nommé Oliver Vernon Aplin.
Intrigué par cette récidive, Aplin décide de mener l’enquête sur ce phénomène. Il soupçonne rapidement une cause récurrente plutôt qu’un simple hasard climatique. Les témoins de l’époque décrivent une scène presque irréelle, entre 20 heures et 21 heures.
Un nuage sombre aurait traversé le paysage, plongeant la campagne dans une obscurité intense. Certains témoins comparent cette sensation à un enfermement dans une pièce sombre. Ce détail allait devenir central dans l’explication proposée par Aplin, des décennies plus tard.
Nuits sombres et instinct grégaire, l’explication d’Aplin publiée dans Nature en 1921 laisse un mystère entier
Cette réaction s’explique par la nature profonde du mouton. Selon la RSPCA, cet animal reste une proie sans stratégie défensive, sinon la fuite en groupe. Introduits au Royaume-Uni vers 4000 avant J.-C., les moutons gardent cet instinct grégaire depuis des millénaires.
En 1921, la revue Nature publie les conclusions d’Aplin sur ce mystère. Son hypothèse évoque des nuits particulièrement sombres, capables de perturber la vision nocturne des moutons. Désorientés, les animaux se heurtent entre eux, déclenchant une panique en chaîne.
Cette théorie reste pourtant fragile sur un point essentiel. Elle n’explique pas comment une simple obscurité a pu toucher simultanément des troupeaux répartis sur plus de 500 km². Plus d’un siècle après, le mystère reste entier.
Par Eric Rafidiarimanana, le
Source: sciencepost.fr
Étiquettes: moutons, Oxfordshire
Catégories: Animaux & Végétaux