Une mine abandonnée paraît immobile, presque rendue à la nature. Pourtant, sous les roches et dans les rivières, une réaction chimique peut encore libérer du CO₂ durant des siècles. Cette pollution oubliée bouleverse aujourd’hui l’empreinte climatique attribuée aux métaux.

Dans le silence des mines fermées, une chimie invisible continue de libérer du carbone
Lorsqu’une exploitation ferme, les machines s’arrêtent. Les ouvriers repartent, laissant derrière eux des galeries qui se remplissent parfois d’eau. Puis le paysage semble enfin souffler, comme libéré d’une pression ancienne. Mais les roches fracturées restent exposées à l’eau et à l’oxygène, deux éléments capables de relancer une chimie invisible.
Certains minerais métalliques contiennent des sulfures, comme la pyrite. Leur oxydation produit de l’acide sulfurique. Celui-ci se mélange aux eaux souterraines et aux pluies. Il apparaît alors le drainage minier acide, un écoulement capable de transporter du fer, du cuivre et d’autres métaux toxiques.
Ce phénomène est connu depuis longtemps. Il colore les rivières en orange et détruit des écosystèmes aquatiques entiers. Sa dimension climatique restait pourtant peu étudiée. Une étude publiée en juillet 2026 dans Environmental Science & Technology change cette vision. Elle montre que la neutralisation de ces eaux peut aussi relâcher du CO₂.
En Espagne, 82 mines étudiées révèlent une pollution fantôme qui persiste dans l’eau
Pour analyser ce phénomène, des chercheurs de l’université de St Andrews ont étudié 82 mines actives ou anciennes. Ces sites se situent dans la ceinture pyriteuse ibérique, au sud-ouest de l’Espagne, une région traversée par les fleuves Tinto et Odiel et connue pour ses eaux extrêmement acides.
L’équipe scientifique a suivi la chimie de l’eau depuis les anciens sites d’extraction jusqu’aux estuaires. Les analyses ont porté sur les réactions entre acides et roches carbonatées, mais aussi sur les traitements alcalins et les interactions avec l’eau de mer. À chaque étape de neutralisation, du carbone dissous peut se transformer en dioxyde de carbone.
Un bilan climatique des mines potentiellement multiplié par dix selon les chercheurs
Dans cette région riche en sulfures, les émissions liées au drainage minier acide sont importantes. Elles se révèlent comparables à l’empreinte carbone classique de la production de cuivre, qui inclut l’extraction, le broyage et le transport du minerai, mais néglige souvent les réactions chimiques postérieures à la fermeture des sites.
Le résultat le plus marquant concerne le temps long. Lorsque l’ensemble des sulfures exposés aura réagi, les émissions cumulées pourraient atteindre des niveaux très élevés. Elles pourraient dépasser de plus de dix fois l’empreinte habituellement attribuée au cuivre. Le CO₂ ne se limite donc pas à la phase d’exploitation et peut apparaître bien après l’arrêt des activités.
Cette estimation varie selon les sites, en fonction de la quantité de sulfures présents, de la nature des roches et des méthodes de neutralisation utilisées. Les chercheurs estiment toutefois que ce phénomène doit désormais être intégré aux bilans climatiques, car il représente une composante majeure des émissions minières.
Les métaux de la transition énergétique face à un héritage climatique longtemps ignoré
Cette découverte arrive dans un contexte de forte demande en métaux. Le cuivre, le nickel et le lithium sont essentiels pour les batteries, les éoliennes et les réseaux électriques. La transition énergétique augmente donc les besoins en extraction, mais le coût réel pourrait être sous-estimé si ces émissions tardives ne sont pas prises en compte.
Le traitement des eaux acides pose aussi un dilemme environnemental. Il protège les rivières et limite la dispersion de métaux toxiques, mais certaines méthodes de neutralisation libèrent du CO₂. Il devient donc nécessaire de développer des solutions plus sobres afin de réduire les émissions sans déplacer la pollution vers d’autres formes.
Une mine ne disparaît pas après sa fermeture. Elle laisse des galeries, des déchets et une chimie active pendant des siècles. À mesure que la demande en métaux augmente, une question demeure en arrière-plan : comment intégrer cet héritage invisible dans les choix industriels et climatiques de demain ?
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Étiquettes: transition énergétique, pollution minière, émissions de co2
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