À Bad Arolsen, en Allemagne, un centre d’archives conserve des milliers d’objets confisqués aux détenus des camps nazis : montres, alliances, stylos. Beaucoup n’ont jamais retrouvé leurs propriétaires ni leurs descendants. Un simple nom tapé en ligne peut pourtant réunir une famille avec ce dernier souvenir disparu.

À Bad Arolsen, en Allemagne, dort la plus vaste collection documentaire mondiale sur les persécutions nazies
Le centre est né en pleine guerre, sous l’autorité des forces alliées. Créé le 15 février 1944 sous le nom de Bureau central de recherche, il s’installe d’abord à Londres, puis à Versailles et Francfort, avant de rejoindre Bad Arolsen.
La ville est choisie pour sa position centrale entre les zones d’occupation alliées. En plus, ses infrastructures ont échappé aux bombardements. Le service garde longtemps un profil discret, avant de devenir en 2019 les Arolsen Archives, nom qui marque une volonté d’ouverture assumée.
La collection numérique dépasse aujourd’hui 40 millions de documents, un chiffre en croissance constante. Elle rassemble des informations sur près de 17,5 millions de personnes persécutées entre 1933 et 1945 : déportés, travailleurs forcés, prisonniers politiques, personnes déplacées.
Un accès libre et gratuit à tous, qui a déjà permis de réunir des familles dispersées par la guerre
L’accès aux archives en ligne ne coûte rien et reste ouvert 24 heures sur 24. Aucun statut particulier n’est exigé : particuliers, journalistes, enseignants ou chercheurs consultent les mêmes bases. Un nom de famille suffit parfois à faire remonter une fiche d’enregistrement ou une carte de travail forcé.
Pendant des décennies, ces fonds sont restés fermés au public, gérés sur un mode purement administratif. Le service de recherches fonctionne pourtant toujours et parvient à réunir environ 30 familles par an. Un chiffre modeste, mais chaque dossier rouvert met fin à des décennies de silence.
Montres, alliances, stylos : ces objets confisqués aux détenus attendent encore leurs héritiers
Portefeuilles, papiers d’identité, photos, bijoux fantaisie, étuis à cigarettes : les effets confisqués à l’arrivée des détenus ont été inventoriés avec minutie par l’administration nazie, puis retrouvés par les Alliés à la Libération. La majorité provient des camps de Neuengamme et de Dachau.
Ces reliques n’ont, matériellement, presque aucune valeur : une montre bon marché, un stylo ordinaire. Le nom d’environ 2 700 propriétaires reste connu, mais leurs descendants restent souvent introuvables. Pour les familles qui les reçoivent, ces objets représentent parfois le dernier souvenir tangible d’un proche disparu.
L’opération #StolenMemory a permis plusieurs retrouvailles marquantes. En 2019, une journaliste norvégienne découvre par hasard des objets de résistants déportés et retrouve presque toutes les familles concernées. En France, Michel Loncar y a ainsi récupéré la montre et le stylo plume de son père Michajlo, déporté à Neuengamme.
Un patrimoine mondial reconnu, mais des moyens limités pour identifier les objets restants
L’UNESCO a inscrit les documents historiques et l’index central des noms au registre Mémoire du monde. L’archive en ligne a par ailleurs remporté le prix du Patrimoine européen Europa Nostra en 2020, une reconnaissance qui tranche avec des décennies de quasi-anonymat institutionnel.
Des milliers d’alliances, de montres et de porte-plume dorment encore dans des tiroirs métalliques à Bad Arolsen. Seule une poignée retrouve chaque année le chemin d’un descendant. Le reste attend qu’un nom, tapé un jour dans une base de données en ligne, fasse remonter un fragment de mémoire familiale.
Par Eric Rafidiarimanana, le
Catégories: Histoire