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Pourquoi le démantèlement de Brennilis coûtera près de 850 millions d’euros à l’horizon 2040

Au cœur des landes bretonnes, un petit réacteur arrêté en 1985 mobilise toujours ingénieurs, budgets et procédures. Pourquoi faudra-t-il près de cinquante-cinq ans pour effacer une centrale qui n’a réellement produit de l’électricité que pendant une douzaine d’années ?

Deux techniciens marchent devant le réacteur de Brennilis en cours de démantèlement, au cœur de la campagne bretonne.
La centrale nucléaire de Brennilis, arrêtée en 1985, devrait être entièrement démantelée d’ici 2041 pour un coût proche de 850 millions d’euros – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Un prototype nucléaire isolé devenu un défi technique sans précédent

Lorsque Brennilis démarre en 1967, le site ressemble moins à une centrale classique qu’à un laboratoire grandeur nature. Son réacteur EL4, d’une puissance modeste de 70 mégawatts, teste une filière française associant eau lourde et gaz carbonique. L’expérience se révèle audacieuse, mais elle ne fera jamais école.

Dans les années 1970, la France choisit finalement les réacteurs à eau pressurisée, mieux adaptés à une production standardisée. Brennilis devient alors un prototype sans équivalent, sans méthodes reproductibles comparables à celles des installations construites en série. Lorsqu’il ferme en 1985, les équipes doivent inventer presque chaque opération de démontage.

Une dérive budgétaire spectaculaire alimentée par retards et complexité

Le premier choc est budgétaire. En 2005, la Cour des comptes estime déjà le coût du démantèlement à 482 millions d’euros, soit environ vingt fois l’évaluation initiale. Le chantier reste pourtant loin d’être terminé. Cette dérive s’explique par des diagnostics incomplets et une complexité longtemps sous-estimée.

Les interruptions ont également pesé lourd. Après l’annulation d’une autorisation, les équipes suspendent certaines opérations entre 2008 et 2012. Une nouvelle instruction réglementaire s’étire ensuite sur plusieurs années. Même à l’arrêt, il faut continuer à surveiller le site, entretenir les bâtiments et maintenir les compétences.

L’estimation atteint désormais 850 millions d’euros, et elle pourrait encore évoluer. Dans ses comptes 2025, EDF ajoute 90 millions d’euros de coûts supplémentaires pour le bloc réacteur. Cette révision illustre une réalité dérangeante : sur un chantier nucléaire inédit, les équipes découvrent souvent le budget final au fil de l’avancement.

Les derniers éléments radioactifs concentrent les défis techniques majeurs

Une grande partie du travail a pourtant déjà avancé. Les équipes ont évacué le combustible et retiré l’essentiel de la radioactivité liée à l’exploitation. Selon EDF, cette première phase a permis d’éliminer 99,9 % des éléments radioactifs. Le reliquat se concentre désormais dans les structures les plus sensibles, notamment la cuve et les équipements irradiés.

À ce stade, le chantier change d’échelle. Les équipes doivent découper des pièces massives dans des espaces confinés, contrôler les poussières, protéger les travailleurs et conditionner chaque déchet selon son niveau d’activité. Le dernier fragment radioactif exige ainsi bien plus de précautions qu’une simple masse de béton.

Un chantier de démantèlement étalé sur plus d’un demi-siècle jusqu’en 2041

Le décret autorisant le démantèlement complet est entré en vigueur en septembre 2023. Deux ans plus tard, en décembre 2025, EDF annonce l’ouverture du bloc réacteur, une étape symbolique qui marque le début du démontage de la cuve. La phase finale doit désormais se poursuivre jusqu’en 2041, soit cinquante-six ans après l’arrêt.

À cette échéance, EDF vise un terrain nu, prêt à accueillir un nouvel usage. L’expression « retour à l’herbe », souvent associée au site, évoque l’image séduisante d’une lande retrouvée. En réalité, les équipes devront d’abord démonter l’enceinte, assainir les sols, contrôler les matériaux puis valider le déclassement.

Brennilis ne résume pas, à elle seule, l’avenir du parc français. Les réacteurs actuels sont plus standardisés, et EDF estime leur déconstruction entre 350 et 400 millions d’euros par unité. Ils restent toutefois beaucoup plus puissants. La petite centrale bretonne laisse donc planer une question immense : combien coûtera réellement la disparition des géants nucléaires ?

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