
Près de la ville de Vráble, dans le sud-ouest de la Slovaquie, des archéologues ont mis au jour une fosse funéraire néolithique renfermant des dizaines de squelettes dépourvus de crânes, qui pourraient constituer les témoignages d’une obscure pratique funéraire ancienne.
Des découvertes intrigantes
Débutée en 2012, les fouilles ont livré les vestiges d’un vaste village, occupé entre 5250 et 4950 avant notre ère et constitué de 300 habitations entourées d’un fossé. La découverte des premières sépultures est intervenue en 2016, et celle du charnier récemment étudié en 2022. À l’intérieur, les restes de 77 individus aux crânes manquants, et le squelette étrangement complet d’un enfant.
Les datations suggèrent des dépouilles inhumées à peu près au même moment. Si leur disposition semblait à première vue chaotique, un examen approfondi a révélé un agencement réfléchi, moins compatible avec l’idée d’un massacre ou d’une épidémie, contextes dans lesquels les corps sont généralement négligemment entassés.
« Nous observons des caractéristiques qui indiquent une manipulation intentionnelle des corps, et un retrait habile des crânes plutôt que des décapitations violentes », écrivent les auteurs de la nouvelle étude, publiée dans la revue Proceedings of the Prehistoric Society. « Nous devons partir du principe que ces pratiques reflétaient des conceptions bien différentes de celles qui caractérisent nos sociétés modernes. C’est ce qui rend leur interprétation remarquablement complexe. »
À ce stade, la piste de rituels funéraires, impliquant de possibles sacrifices humains et des retraits de crânes post-mortem, pratique déjà documentée sur d’autres sites néolithiques en Europe, semble la plus évidente. Mais comme l’explique Nils Müller-Scheeßel, de l’université de Kiel, le nombre extrêmement faible de fragments crâniens trouvés à proximité interroge. « S’en sont-ils simplement débarrassés, ou ont-ils été rassemblés et déposés ? », se demande-t-il.

Un site archéologique unique
Selon l’équipe, il n’existe aucun site comparable dans les environs immédiats de Vráble. Pour trouver des sépultures similaires, il faut en effet se rendre dans le sud-est de l’Europe ou l’Asie du Sud-Ouest. « Ce qui s’est passé en Slovaquie relève donc d’un contexte transrégionnal plus large », note-t-elle.
Les prochaines étapes consisteront à mener des analyses isotopiques et ADN afin de préciser les origines géographiques, le régime alimentaire et le degré de parenté des individus inhumés.
« Vráble pourrait contribuer à éclairer l’interprétation de la mort et du corps au Néolithique, ainsi que l’importance des pratiques associées dans le tissu social des premières sociétés agricoles », conclut Martin Furholt, également de l’université de Kiel.
Précédemment, des chercheurs avaient décrit trois cas probables de sacrifices humains par strangulation dans l’Europe néolithique, intervenus sur une période d’environ deux millénaires et impliquant des femmes.
Par Yann Contegat, le
Source: IFL Science
Étiquettes: squelette, néolithique, sepulture
Catégories: Actualités, Histoire