Deux trous noirs géants observés par le télescope James Webb pourraient bousculer l’un des grands récits de l’astronomie. À peine 800 millions d’années après le Big Bang, ils semblaient déjà trop massifs pour leurs galaxies, comme si les monstres cosmiques avaient pris de l’avance sur leur propre berceau.

Deux galaxies minuscules abritent déjà des trous noirs presque trop grands pour exister
Depuis son entrée en scène, le télescope spatial James Webb a transformé l’Univers primordial en terrain de surprises. Sa dernière piste concerne deux galaxies très lointaines, COLA1 et NEPLA4, observées telles qu’elles étaient lorsque le cosmos n’avait qu’environ 800 millions d’années. Autrement dit, presque rien à l’échelle cosmique.
Dans une étude prépubliée sur arXiv le 1er mai 2026, l’équipe menée par Romain A. Meyer, de l’Université de Genève, décrit un scénario déroutant. Au cœur de ces galaxies brilleraient deux trous noirs supermassifs d’environ 170 à 190 millions de masses solaires, alors que leurs galaxies hôtes restent étonnamment modestes en étoiles.
La lumière du JWST révèle un gaz secoué par des trous noirs en pleine activité
Pour débusquer ces objets, les astronomes n’ont pas vu directement un trou noir, bien sûr. Ils ont lu la lumière, comme on déchiffre une scène de crime. Avec l’instrument NIRSpec du JWST, ils ont repéré des raies d’hydrogène très élargies, signe d’un gaz lancé à des vitesses folles autour d’un centre extrêmement compact.
Ce détail est crucial : seul un noyau actif, alimenté par un trou noir supermassif, peut agiter ainsi la matière. Dans l’Univers actuel, les galaxies et leurs trous noirs semblent souvent grandir ensemble, avec une forme d’équilibre. Ici, cet équilibre paraît brisé, comme si le moteur central avait avalé le carburant avant tout le monde.
Le signal le plus intrigant reste le fameux double pic Lyman-alpha, rare et précieux pour les cosmologues. Il suggère qu’une grande bulle de gaz ionisé entoure ces galaxies. Une telle bulle demande une source d’énergie redoutable, probablement un quasar récemment éteint. Récemment, ici, signifie moins d’un million d’années.
Des trous noirs géants auraient grandi avant que leurs galaxies ne fabriquent leurs étoiles
Le vertige vient du rapport entre la masse du trou noir et celle de sa galaxie. Dans l’Univers proche, un trou noir central pèse souvent environ un millième de la masse stellaire de son hôte. Pour COLA1 et NEPLA4, le rapport serait 400 à 800 fois supérieur à cette relation locale.
Cela raconte une histoire presque à l’envers. Le trou noir aurait grandi très vite, peut-être près de sa limite physique d’accrétion, pendant que la galaxie peinait à former ses étoiles. Le rayonnement du quasar aurait chauffé ou expulsé le gaz, freinant la naissance stellaire dans un mécanisme appelé rétroaction du noyau actif.
Ces quasars anciens pourraient expliquer une partie de la réionisation de l’Univers
Cette découverte ne concerne pas seulement deux galaxies exotiques perdues au fond du ciel. Elle touche à la réionisation, cette époque où l’Univers est passé d’un brouillard neutre à un milieu plus transparent. Les jeunes étoiles ont joué un rôle majeur, mais certaines bulles ionisées semblent exiger une énergie plus féroce.
Les quasars anciens pourraient donc avoir laissé des empreintes plus nombreuses qu’imaginé. Selon Meyer et ses collègues, une fraction d’émetteurs Lyman-alpha brillants sans voisins galactiques visibles pourrait correspondre à des reliques d’activité quasar. Ce ne serait pas un détail, mais une pièce manquante du puzzle cosmique.
Prudence, toutefois : l’étude reste une prépublication, non encore validée par les pairs. Les observations du JWST devront être élargies, puis croisées avec de futurs instruments comme l’Extremely Large Telescope au Chili ou Subaru/PFS au Japon. Si d’autres cas apparaissent, une question deviendra brûlante : les premières galaxies ont-elles vraiment grandi autour de leurs étoiles, ou autour de leurs monstres ?
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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