Replanter des arbres semble être une solution simple face au changement climatique. Pourtant, les recherches récentes montrent que cette stratégie, largement utilisée par l’industrie forestière, masque une réalité bien plus complexe et préoccupante pour le stockage du carbone.

Les forêts replantées stockent jusqu’à 83 % de carbone en moins que les forêts primaires
On présente souvent les forêts comme des alliées majeures face au réchauffement. Pourtant, dans les faits, elles n’offrent pas toutes les mêmes performances. Ainsi, une étude parue dans la revue Science montre que les forêts plantées par l’homme et leurs limites écologiques stockent jusqu’à 83 % de carbone en moins par hectare que les forêts primaires, bien plus anciennes.
Ce résultat, en réalité, bouscule les estimations précédentes. En effet, les chercheurs estiment que l’écart réel atteint un niveau 2,7 à 8 fois supérieur aux chiffres officiels. Dès lors, une replantation massive ne compense donc pas efficacement la destruction d’écosystèmes anciens riches en carbone.
Les sols forestiers concentrent la majorité du carbone et disparaissent avec l’exploitation
Contrairement aux idées reçues, les arbres ne dominent pas le stockage du carbone. En réalité, dans les forêts boréales étudiées, les scientifiques observent que les sols concentrent environ 64 % du carbone total stocké dans les sols forestiers, contre seulement 30 % dans les arbres.
Or, ce stockage souterrain se construit sur des siècles. Ainsi, l’exploitation intensive perturbe ces réserves et libère du carbone dans l’atmosphère. Par conséquent, les jeunes plantations ne recréent pas ces équilibres biologiques complexes à court terme.
De plus, le bois mort contribue lui aussi à cet équilibre en représentant environ 6 % du stockage global de carbone. Pourtant, dans les forêts exploitées, les acteurs retirent souvent ces éléments, ce qui réduit encore la capacité de stockage et appauvrit l’écosystème.
Une exploitation forestière intensive mais invisible qui transforme profondément les écosystèmes
On considère souvent l’exploitation forestière nordique comme durable. Pourtant, là encore, les données racontent une autre réalité. En effet, en Suède, entre 2003 et 2019, les acteurs ont exploité près de 1,4 % des forêts chaque année, soit un rythme d’exploitation particulièrement élevé.
Dans le même temps, ce rythme dépasse d’environ six fois celui observé en Amazonie. Toutefois, les coupes restent discrètes depuis l’espace, car les industriels replantent rapidement. Ainsi, cette stratégie entretient l’illusion d’une continuité, alors que la structure écologique profonde évolue fortement.
Par conséquent, cette transformation réduit la biodiversité et affaiblit le stockage du carbone. En particulier, les monocultures, choisies pour leur rendement, ne recréent pas la complexité biologique des forêts naturelles.
Préserver les forêts anciennes et restaurer les milieux dégradés offre un meilleur levier climatique
Ainsi, les chercheurs tirent une conclusion claire. En priorité, protéger les forêts anciennes existantes offre un impact bien plus fort que multiplier les plantations. En effet, ces milieux ont accumulé du carbone pendant des siècles et conservent une stabilité écologique unique et irremplaçable.
Par ailleurs, la restauration des zones dégradées constitue aussi une piste solide. En laissant les dynamiques naturelles agir, on recrée progressivement des conditions favorables au stockage du carbone et au retour durable de la biodiversité.
Enfin, ces stratégies demandent du temps et une meilleure compréhension des mécanismes naturels. Autrement dit, se limiter à planter des arbres entretient une illusion persistante de solution climatique, sans traiter réellement l’ampleur du problème.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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