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8 élèments de l’univers de Matrix décryptés à travers la mythologie de la saga

Suis-je vraiment maître de mon destin ? Ma vie est-elle réelle ou une invention totale ? En 1999, les spectateurs du monde entier devenaient, d’un coup, paranoïaques : reprenant les plus célèbres principes philosophiques, Matrix plongeait ses tout nouveaux fans en pleine réflexion sur leur propre situation. Une esthétique léchée, un scénario fascinant, une morale intrigante mais aussi et surtout un sens du mot sans égal. Des mois durant, les réalisateurs avaient accordé un intérêt particulier aux termes sélectionnés pour leur œuvre, un travail longuement étudié par les fans de la saga.

Matrix
Commençons par le début : en 1999 et à l’occasion de sa sortie au Québec, l’œuvre est renommée « La Matrice » et si le terme anglais offre un aspect relatif à la science-fiction pour l’oreille francophone, son équivalent français et ses différentes utilisations nous apportent bien plus de sens : en anatomie, la matrice est l’utérus quand sur un aspect technique, cela représente le moule. On retrouve déjà ce sens lors du premier aperçu offert par le film sur les compartiments dans lesquels sont retenus les humains mais l’utilisation de ce terme dans la science-fiction remonte à bien avant les années 90 : en le retrouve en 1976 sur le petit écran dans le quatre-vingt-huitième épisode de la série britannique Docteur Who, « Deadly Assassin » ou L’Assassin mortel en français.

Jusque-là, l’utilisation du terme n’avait aucun rapport avec une quelconque réalité virtuelle et ce n’est qu’avec la nouvelle de William Gibson, le Nécromancien, que « Matrix » prend le sens qu’on lui donne aujourd’hui. La notion de cyberespace apparaît donc en 1984.

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Neo
Si vous avez vu la trilogie, alors vous avez certainement compris que Neo est avant tout l’anagramme de the « One », soit l’élu, ce qui correspond parfaitement au rôle du personnage dans son histoire. Un autre sens en ressort, New (nouveau) soulignant le fait qu’il est le premier homme né à être conscient de son appartenance à la matrice. D’autres noms dans la série suivent ce schéma, désignant bien plus qu’un personnage mais toute une mythologie : le premier nom de Keanu Reeves est Thomas Anderson. Dans un premier temps, le prénom Thomas trouve ses origines dans la culture araméenne et une signification semblable au mot « double ». Lors de sa rencontre avec l’agent Smith, le personnage s’entend d’ailleurs dire : « il semble que tu as vécu une double vie » ce qui correspond parfaitement à la situation du héros et à toute l’intrigue du film. Son nom, Anderson, veut dire « fils de l’homme » et souligne le caractère spécial du héros qui garde, dans ce cyber univers, son aspect humain.

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Métacortex
Dès les débuts du film, le spectateur découvre un personnage normal avec une vie personnelle et un travail. Cet aspect professionnel est assez vite développé puisque Thomas travaille pour une société du nom de Métacortex. Le préfixe Méta vient du grec et signifie « après, au-delà de, avec quand Cortex (du latin Ecorce) désigne la couche superficielle d’un organe. C’est donc dans cette entreprise qui fait référence à quelque chose de plus grand, plus important, à l’extérieur du monde connu que notre héros fait ses débuts. Là où les plus terre à terre verront une simple interprétation du fait que Métacortex participe à la création de programmes plus performants que l’homme, d’autres y verront un indice sur le destin qui attend le héros.

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Trinity
Pseudonyme de l’un des personnages principaux, Trinity est le nom choisi par la hackeuse tombée amoureuse du héros. Cela fait référence au christianisme et à l’idée que Dieu puisse trouver son existence dans trois personnes. Morpheus, Neo et Trinity étant les trois personnages les plus importants de la saga, nombreux sont ceux à avoir interprété cet aspect comme une représentation des figures divines : Morpheus est le guide, le père, celui qui connait l’ensemble de la situation. Neo est l’élu, celui qui est guidé par Morpheus et projette l’image d’un fils. Enfin, Trinity est de conseil : elle oriente le héros et l’aide dans les moments difficiles. Elle l’aide à revenir d’entre les morts quand ce dernier est tué et représente, pour certains, une sainte.

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The White Rabbit – Le Lapin blanc
« Reveille-toi Neo (…) suit le Lapin blanc » voilà le message qu’affiche l’ordinateur du héros dès le premier opus de la saga. Pas de mystère ici et beaucoup l’ont saisi dès le premier visionnage, cela fait référence à l’œuvre magistrale de Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles. C’est en suivant ce lapin toujours pressé que la célèbre jeune fille découvre un nouveau monde en dehors du sien. Le lapin se retrouve ensuite sur l’épaule dénudée d’une jeune femme que Neo va suivre pour retrouver Trinity. On retrouve cette référence dans de nombreuses autres œuvres tant le travail de Carroll a influencé de cinéastes et d’écrivains. Dans les années 30, cela est même devenu commun d’utiliser le terrier du lapin comme portail vers un autre monde.

Morpheus
Les Métamorphoses sont un poème latin dont on estime la création durant l’an 1. On y trouve Morpheus la version latine du dieu des rêves dans la mythologie grecque dont l’équivalent français est Morphée. La relation est claire : Morpheus, comme Morphée, a cette relation au rêve puisqu’il est celui qui révèle la réalité au héros, lui faisant comprendre que jusque-là, il vivait dans un rêve.

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La pilule bleue et la pilule rouge
Deux des éléments les plus importants de la saga puisqu’elles permettent à Neo de faire le plus important choix de toute sa vie : rester dans son univers ou en sortir pour découvrir l’incroyable vérité et la complexité de la matrice. En 1979 Douglas R. Hofstadter publiait Gödel, Escher, Bach : Les Brins d’une Guirlande Éternelle, récompensé par le prix Pulitzer en 1980. On y découvre les origines des pilules des sœurs Wachowski à travers l’utilisation de fioles de liquide de même couleur permettant de passer d’un état à l’autre. L’œuvre de Hofstadter a différents niveaux de lecture et questionne la conscience, la pensée humaine en opposant l’humain à des machines douées d’intelligence artificielle.

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Zion
L’influence de William Gibson ne semble pas s’être arrêtée au terme Matrix puisque Zion, la dernière citée souterraine humaine en dehors de la matrice, tire elle aussi son nom du Neuromancien. On peut aussi effectuer un parallèle avec la religion puisqu’il s’agit aussi d’un terme utilisé pour nommer Jérusalem.

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La mythologie créée autour de Matrix est fascinante tant elle prend racine dans les fondations mêmes de la philosophie. Utilisant les classiques de la science-fiction, de l’histoire et des légendes qui entourent les grandes civilisation, la trilogie s’appuie sur un socle solide qui explique son succès international et son influence sur la culture populaire.

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Aimer un être, c’est tout simplement reconnaître qu’il existe autant que vous

— Simone Weil