Violon

De récentes expériences ont permis de démontrer que les notes fantômes, perceptibles lors du jeu d’un accord de deux notes au violon, étaient bien produites par l’instrument et non une illusion auditive, comme on l’estimait jusqu’à présent.

Tonalités combinées

En 1714, le violoniste italien Giuseppe Tartini avait découvert qu’en jouant deux notes simultanément, il pouvait en percevoir de façon inattendue une troisième. Connue sous le nom de « tonalité combinée », celle-ci constitue un mélange des fréquences des deux notes originales et était jusqu’à présent considérée comme un phénomène subjectif, généré par la résonance de deux notes dans notre conduit auditif, et non par l’instrument lui-même.

Dans le cadre de travaux publiés dans The Journal of the Acoustical Society of America,
Giovanni Cecchi et ses collègues de l’université de Florence ont évalué la capacité de différents violons à produire de telles combinaisons de sons.

L’équipe a analysé à l’aide d’un ordinateur les enregistrements d’un violoniste professionnel jouant différentes paires de notes sur cinq instruments d’âge et de qualité différents. S’appuyant sur les travaux du physicien du XIXe siècle Hermann von Helmholtz, ayant montré que certains instruments de musique produisaient naturellement ces sonorités combinées, les chercheurs ont décomposé les ondes sonores émises par les instruments en groupes de différentes fréquences.

Violon

S’il s’est avéré que l’ensemble des violons étudiés pouvaient produire des tonalités combinées, elles étaient beaucoup plus audibles sur les instruments les plus anciens : la magnitude de la tonalité de combinaison d’un violon produit à Bologne en 1700 se révélait ainsi environ 75 % supérieure à celle d’un instrument moderne produit en série.

Des expériences révélatrices

Les chercheurs ont également voulu savoir dans quelle mesure les auditeurs pouvaient percevoir les sons combinés produits par les trois violons de la plus haute qualité. Un groupe de 11 musiciens professionnels et amateurs a été invité à écouter des enregistrements du violoniste, dont certains avaient été débarrassés numériquement des sons combinés. Alors que les auditeurs les moins précis l’entendaient 93 % du temps, celui possédant l’oreille la plus aiguisée l’entendait systématiquement.

« Cette expérience suggère que les sons combinés proviennent de la façon dont l’air vibre et se déplace à l’intérieur du violon », commente Jim Woodhouse, de l’université de Cambridge. « Lorsqu’une note est jouée, ce n’est pas seulement la corde qui détermine la tonalité, mais aussi la forme de l’instrument. »

Pour l’équipe de Cecchi, la prochaine étape consistera à étudier un plus grand nombre d’instruments afin de déterminer précisément les éléments physiques responsables de la génération de ces sons.

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