Des chercheurs viennent de découvrir une ville sous-marine construite par… des pieuvres !

Au large des côtes australiennes, une équipe de chercheurs a découvert une ville sous-marine entièrement peuplée de pieuvres. Baptisée Octlantide, elle démonte les certitudes de la communauté scientifique, persuadée que l’animal était un éternel solitaire.

 

Octlantide, ton univers impitoyable…

Bâtie dans les profondeurs de la Baie de Jervis, Octlantide est une singularité scientifique : logée entre 10 et 15m de fond et mesurant 18m par 4, la cité des pieuvres regorge de tanières. Ses habitants, une quinzaine d’octopus tetricus, les ont construites à partir de piles de sables et de coquilles vides – abandonnées par les palourdes et les Saint-Jacques trop malchanceuses. Ils se côtoient, se concertent, s’amusent… Et se rudoient. Le passe-temps préféré des mâles semble être le jeu du « je te déloge de ta grotte ! », une occupation très chronophage d’après les 10 heures de vidéos rapportées par l’équipe.

«Ces comportements sont le fruit de la sélection naturelle, et peuvent être remarquablement similaire au comportement social des vertébrés.

L’attitude des pieuvres de Sydney envers leurs congénères laisse pantois David Scheel, le chef d’expédition. Lorsqu’on lui demande ce qui les pousse à se montrer aussi agressifs, il botte en touche : « Nous travaillons encore dessus ». L’effervescence de la ville suscite l’intérêt de tous : des bonnes âmes, comme des mauvaises; des proies abondantes et sans défense comme des prédateurs les plus redoutés… Les requins demeurent le plus grand fléau des villes sous-marines – et terrestres.

Octopolis, la grande soeur

En 2009, des scientifiques avaient déjà fait la connaissance d’une cité entièrement peuplée d’octopus tetricus, à proximité de la Baie de Jervis. Saisis d’une originalité sans pareille, ils l’avaient alors nommée Octopolis. Considérée comme une véritable anomalie par ses explorateurs, la ville était unique de par sa construction : il y avait une place centrale autour de laquelle les céphalopodes s’étaient construit des abris. Sur cette place reposait un objet humain non identifié, d’une trentaine de centimètres de long et sensiblement métallique. Explication logique : c’est la mystification de cet objet inconnu au bataillon qui les aurait poussés à bâtir leur tanières à proximité.

Stephanie Chancellor, doctorante en sciences biologiques, penche davantage pour une explication plus rationnelle : le terrain. Octopolis et Octlantide ont en commun de disposer de nombreux affleurements rocheux, très prisés des céphalopodes. « Les pieuvres qui habitaient la zone avaient construit des piles de coquillages […] ces piles ont ensuite été sculptées pour créer des abris, ce qui fait de ces pieuvres d’authentiques ingénieurs environnementaux. »  Observée depuis plus de 7 ans, la ville d’Octopolis compte systématiquement, et à n’importe quel moment, entre 2 et 16 individus. L’union fait la force…

Merci la technologie

Les pieuvres de Sydney ne sont pas les uniques céphalopodes solitaires que les scientifiques ont repéré en pleine interaction. Les idées reçues et les vérités générales ont volé en éclat avec la découverte d’Octopolis. David Scheel reste convaincu que les pieuvres n’ont pas subitement changé leur façon de vivre. S’il est un changement auquel on doit cette découverte, c’est l’évolution technologique. Équipés de caméras dernier cris et de tout un attirail à la pointe, les plongeurs et les chercheurs sont plus à même d’observer et décrypter le comportement animal.

Le scientifique tient cependant à rappeler que ces rassemblements de pieuvres restent marginaux : « Pour expliquer ces comportements extraordinaires, on peut supposer qu’ils se sont croisés régulièrement au file des générations, même si aujourd’hui, les pieuvres solitaires qui vivent en ermites sont plus nombreuses que celles jouissant d’une interaction quotidienne. » Petite leçon du jour de sieur octopus tetricus : la solitude n’est pas une fatalité.


Le monde est un endroit magnifique pour lequel il vaut la peine de se battre.

— Ernest Hemingway