Image d’illustration ― byvalet / Shutterstock.com

Les déboulonnages de statues sont à l’ordre du jour un peu partout dans le monde, en marge des manifestations Black Lives Matter. Dans la nuit de samedi à dimanche, en Guyane, c’est celle de Victor Schoelcher, pourtant connu pour avoir été l’artisan de l’abolition de l’esclavage en France, qui a été déboulonnée. L’acte n’a pas encore été revendiqué.

Dans la nuit de samedi 18 à dimanche 19 juillet, la statue de l’abolitionniste Victor Schoelcher a été renversée de son piédestal, à Cayenne, en Guyane. Une enquête pour « dégradation de biens d’utilité publique » a été ouverte, selon ce qu’a rapporté le procureur adjoint, Jean-Claude Belot, à l’Agence France-Presse (AFP). « La statue n’était pas fixée sur son socle, ce qui fait qu’elle n’a pas été déboulonnée. Elle a été soulevée et renversée au sol. Manifestement, le voisinage n’a pas été réveillé« , a expliqué le magistrat. Les faits « ont été découverts aux alentours de 2h30 samedi [7h30 à Paris] et portés à la connaissance du commissariat qui a aussitôt commencé l’enquête ».

La figure de Victor Schoelcher est controversée en Guyane, alors qu’il est pourtant l’artisan de l’abolition de l’esclavage en France. Le 22 mai dernier, à Fort-de-France, 2 statues de lui avaient été déboulonnées, mais cela avait été revendiqué par des militants anti-békés (les descendants des colons blancs européens) et anti-héritage colonial. Annissa Bouhied, spécialiste de l’époque coloniale et de l’abolition de l’esclavage, et directrice du pôle culturel de Fessenheim, en Alsace, d’où est originaire le père de Victor Schoelcher, explique à France 3 les motivations derrière de tels actes. Les déboulonneurs considèrent qu’il faut d’abord rendre hommage aux esclaves qui se seraient affranchis eux-mêmes. « Ce serait grâce à une suite d’insurrections, où les esclaves étaient au premier plan, que l’abolition a été signée. Le travail de mémoire qui aurait dû suivre l’abolition de l’esclavage ne mettrait pas assez en valeur cette lutte des esclaves pour leur liberté », précise-t-elle. Deuxième argument, il représente la République, donc la France coloniale, qui a indemnisé les maîtres au lendemain de l’abolition de l’esclavage.

Pour Mme Bouhied, un travail de mémoire reste à faire pour reconnaître l’histoire des esclaves anonymisés, dont très peu de témoignages existent en France. Mais elle déplore qu’aujourd’hui la mémoire des uns s’oppose à celle des autres. « A l’époque il n’y avait pas de concurrence entre abolitionnistes blancs et abolitionnistes noirs. Aujourd’hui on fait cette opposition par le déboulonnage de statues. » Victor Schoelcher, homme discret, avait rédigé un livre, « La vie de Toussaint Louverture », sur ce célèbre ancien esclave haïtien qui s’est libéré par l’insurrection. Il ne considérait pas détenir le monopole de l’abolition de l’esclavage. Actuellement, à Fessenheim, se tient une exposition sur sa vie et ses combats. En plus d’avoir oeuvré à l’abolition de l’esclavage, il était également un fervent défenseur des droits des femmes, des enfants, de la liberté de la presse, et opposé à la peine de mort. Mardi, jour de la Saint-Victor, en Guyane, était célébré un hommage à Victor Schoelcher, ainsi qu’à toutes les personnes ayant oeuvré à abolir l’esclavage. Aimé Césaire disait de lui qu’il était « un des rares souffles d’air pur qui ait soufflé sur une histoire de meurtres« .

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