En Allemagne, les abattoirs et usines de traitement de la viande se retrouvent au cœur de la polémique suite à l’apparition de plusieurs foyers de Covid-19. Généralement originaire des pays de l’Est, leur main-d’œuvre surexploitée se trouve lourdement touchée par le virus.

Des conditions de vie et de travail sordides

Il y a quelques jours, plusieurs quotidiens allemands rapportaient que plus de 200 travailleurs avaient été testés positifs au Covid-19 dans un abattoir de Coesfeld, dans l’ouest du pays, tandis que des foyers avaient également été identifiés dans au moins deux autres usines de transformation de la viande.

Selon les responsables de ces structures, la propagation rapide du virus serait vraisemblablement due au fait que le personnel touché, en grande partie constitué d’immigrés d’origine roumaine ou bulgare, partage les mêmes logements. Une déclaration n’ayant pas manqué d’attirer l’attention sur les conditions de vie et de travail sordides de ces travailleurs.

« Les travailleurs de l’industrie allemande de la viande sont souvent rémunérés par des sous-traitants, et non les abattoirs eux-mêmes, et les conditions de travail chez ces sous-traitants sont très, très mauvaises », a notamment estimé Szabolcs Sepsi, conseiller défendant les droits des travailleurs immigrés en Allemagne.

« Leurs emplois sont précaires, les journées de travail extrêmement longues, et ils vivent généralement dans des logements sordides, impliquant qu’ils partagent leur chambre avec deux ou trois autres personnes avec lesquelles ils travaillent. Avec de telles conditions de vie, il est tout simplement impossible d’appliquer les mesures de distanciation sociale », a-t-il ajouté.

L’Allemagne est cependant loin d’être le seul pays touché par ce triste phénomène. Ces dernières semaines, des foyers de Covid-19 ont été répertoriés à travers le monde, principalement aux États-Unis, mais également au Royaume-Uni, en Irlande, en Espagne ou encore en Australie.

— David Tadevosian / Shutterstock.com

Quand les travailleurs immigrés « paient le prix » de la viande bon marché

Une tendance mettant en lumière une réalité pour le moins inconfortable : une grande partie de la viande bon marché proposée dans les rayons des supermarchés occidentaux est abattue par des travailleurs immigrés gagnant de faibles salaires, qui vivent et travaillent dans des conditions d’extrême promiscuité, même en période de pandémie.

« Ce sont surtout les travailleurs de l’industrie de la viande et d’autres industries du secteur alimentaire qui paient le prix de cette viande et de cette nourriture bon marché », souligne Szabolcs Sepsi.

Bien que l’Allemagne ait introduit un salaire minimum en 2015, s’élevant à environ 1 500 euros bruts mensuels pour les travailleurs à temps plein, pour Sepsi, les mesures mises en place ces dernières années pour améliorer la vie des travailleurs immigrés dans l’industrie de la viande s’attaquent aux symptômes, et non aux causes du problème.

Selon lui, le fait que la majorité de ces travailleurs soient embauchés par des sous-traitants faisant face à une rude concurrence et désireux d’être les plus compétitifs possible en constitue la principale racine. « Les entreprises d’abattage devraient embaucher directement ces personnes. Cela leur permettrait de disposer de leur propre appartement, au lieu de devoir vivre dans des dortoirs pendant une pandémie. »

Un sentiment partagé par les journalistes de la radio internationale allemande Deutsche Welle, qui ont comparé cette situation à de « l’esclavage moderne » après s’être entretenus avec des travailleurs immigrés littéralement « entassés » dans des maisons décrépites.

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Alain Smeekens
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Alain Smeekens

Ne venez pas écrire viande bon marcher et encore une foi culpabilisé les consommateurs. Le système veut que cela ce face ainsi avec des sous traitants, pourquoi pas, si ils ne trouvent pas de travail autrement, comme dit le proverbe  » un tient vaut mieux que deux tu auras ». Mais… Lire la suite »

barthelemy M.
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barthelemy M.

Il semble qu’on ait aussi des souçis à se faire avec des abattoirs en Bretagne, non? Et là, ce sont de vrais locaux… « 195 personnes testées après des cas de Covid-19 à l’abattoir de Kermené (22) (Breizh-info) Six cas de Covid-19 ont été confirmés dans l’abattoir de Kermené, dans les… Lire la suite »